Nanowrimo ou Movember ?

Le 5 novembre 2020

Connaissez-vous Nanowrimo ? C’est le National Novel Writting Month, un challenge d’écriture créative lancé en 1999, et qui consiste à rédiger un roman de cinquante mille mots dans les trente jours du mois de novembre. Pour pondre un tel volume, il faut s’astreindre à une production de métronome, à un train d’enfer de quatre ou cinq pages par jour. Mais cette contrainte majeure incite à l’action, et éveille l’imagination. La qualité est certes secondaire, l’essentiel est de se focaliser sur la quantité. Sur 50.000 mots, il en restera toujours quelque chose même si vous devez élaguer les deux tiers…

Intéressant prétexte pour écrire, qui tombe finalement plutôt bien. Le reconfinement et la fermeture des librairies arrivent juste au moment du lancement du Nanowrimo 2020, ça ne peut pas être un pur hasard. C’est la preuve que notre gouvernement, Macron et ses amis sont contrairement aux apparences, profondément attachés à la littérature française, et ont voulu favoriser l’émergence de nouveaux écrivains en confinant tout le monde, c’est à dire en obligeant la population à rester chez elle, non loin d’un ordinateur ou d’un crayon, et supprimant les distractions parasites : sorties, ciné, et même l’achat de nouveaux livres. Car un bon écrivain est avant tout un lecteur compulsif très facilement détournable de sa tâche par des ouvrages dont il a précieusement noté les titres dans un coin de sa tête dans l’idée de les lire plus tard.

Si vous vous souvenez, j’avais fait Movember il y a quelques années, et m’étais retrouvé avec une luxuriante moustache broussailleuse, que j’avais toutefois rasée bien avant la date fatidique du 30 novembre. Cette fois-ci, j’ai été contraint d’entamer le confinement avec des cheveux qui auraient déjà grand besoin de quelques coups de ciseaux. Ca promet pour les semaines qui viennent. A la fin du mois, je ne serai plus très loin d’avoir une coiffure à la Houellebecq. Pour l’écriture – sois conscients de tes limites, Sébastien – le mimétisme avec l’auteur de Soumission sera beaucoup moins abordable.
Quand je vois mes cheveux hirsutes au lever dans la glace de la salle de bain, chaque matin un peu plus indisciplinés que la veille, je les envisage comme un challenge, une façon de travailler sur mon ego, d’attacher moins d’importance à mon physique, afin de me permettre de vivre pleinement et en toute liberté ce que je suis vraiment, et de reléguer bien loin toutes les contingences corporelles. Pour pousser la logique plus loin, je voulais aussi ne plus me laver jusqu’au déconfinement, mais en entendant cela Myriam est devenue hystérique.

Je viens d’entamer le dernier livre de Philippe Labro, J’irais nager dans plus de rivières. Labro, le journaliste bien sûr, et grand reporter ; l’écrivain ; le parolier de Johnny ; le cinéaste, le premier à avoir découvert et fait tourner Fabrice Luchini… Il a naturellement beaucoup de choses à nous dire, qu’il a patiemment extirpées de ces carnets Moleskine. Un ouvrage poétique, émouvant parfois, qui ressemble à certains moments à du Delerm. Il se lit facilement et plaisamment. J’y ai relevé des citations savoureuses, de La Fontaine, Malraux, Eluard, Aragon, Prévert, Mauriac ou Churchill ; des pensées futiles ou profondes mais dignes d’intérêt ; et de nombreuses anecdotes amusantes. A lire assurément pour ceux qui comme moi avaient entendu parler du bonhomme sans jamais l’avoir lu. On devrait toujours lire les célébrités plutôt que d’écouter leurs propos télévisées qui sont généralement sans intérêt… C’est la limite de la télé mais aussi son point fort : un media de consommation de masse mais très superficiel, tandis que la lecture est parfois moins accessible mais tellement plus riche.

C’est ce que j’expliquai à Jade en la conduisant à son cours d’EPS hier matin.
– Pourquoi est-ce que je lis ?
– Pour te cultiver ?
– Bonne réponse, mais on peut se cultiver en regardant la télé, non ?
Je lis parce qu’en une heure de lecture, j’apprends une quantité de choses hallucinante comparativement à une heure de télé ou une heure de radio. Hier j’ai lu près de 150 pages (la fin de La Chambre des Dupes, suivi d’un petit traité économique et environnemental envoyé par un ami, et le début du bouquin de Labro). Si je voulais avoir l’équivalent en audio ou en vidéo, il me faudrait probablement plusieurs journées entières de visionnage ou d’écoute, et encore sans la richesse de vocabulaire et de raisonnement. En fait, je crois que je lis par paresse, en utilisant l’un des moyens les plus efficaces pour transmettre de la connaissance ou de la culture dans un cerveau humain. Il ne nous reste pas si longtemps, soyons paresseux pour être efficaces.

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