Projet "trompettes"

Le 18 décembre 2021

La généalogie est un virus dont on ne guérit jamais vraiment. On commence par curiosité à rechercher dans l’état civil le mariage de ses grands-parents, puis de ses arrière-grands-parents. Et petit à petit, au fil des générations, par un prompt renfort d’ancêtres et de collatéraux, on finit par se constituer un arbre de plusieurs milliers d’individus, et parfois d’avantage pour les plus sévèrement atteints. C’est normal, la généalogie est addictive, et c’est une quête infinie. Souvent après avoir remonté les générations, on tient à redescendre pour se trouver des cousins. La généalogie est l’opium du retraité.

Après avoir décroché quelques années, j’ai repris par quelques messages sur le groupe Facebook « Généalogie Cantal », avant de replonger un peu plus profondément. Et surtout différemment. J’ai désormais une assez bonne vision de mon arbre généalogique. Mes ancêtres sont tous regroupés sur un petit territoire. Il y a des nord-lozériens du côté de Fournels. Ce sont les Muret, les Gravejat, les Conort, les Estevenon… Il y a les sud-cantaliens tout proches des premiers, dans les environs de Faverolles : les Chassang, Valentin, Odoul… Et puis il y a quelques branches de montagnards qui vivaient dans une bande de terre d’altitude délimitée par Brezons et Paulhac au sud, et au nord par Marchastel et Saint-Hippolyte. Des Pissavy, des Roux, des Celarier, des Delpirou, des Delcher, Felut, des Dalmas, des Papon, des Rodde (ou Rode, Rhodes, Rodes…). Beaucoup de Rodde, qui comme nombre de leurs contemporains qui avaient quelque bien, aimaient se marier entre cousins. Parmi eux, je compte à ce jour une douzaine d’individus exerçant la profession de « trompette », dont huit dans mes ascendants directs. Ces trompettes jouaient pour le roi ou bien étaient à disposition des régiments de cavalerie pour sonner les charges et les retraites, et en bien d’autres occasions que nous détaillerons ultérieurement. Nous sommes là entre les seizième et dix-huitième siècles. Ces trompettes n’étaient pas nobles, et on se sait encore pas par quel moyen ces auvergnats d’extraction modeste au départ parvenaient, pour certains, jusqu’à la cour du roi sinon jusque dans ses régiments. Ils étaient, semble-t-il, bien payés et jouissaient de certains avantages et d’un prestige qui leur permettaient de faire de beaux mariages et d’être tenus en haute estime une fois revenus au pays. Quelques branches de Rodde étaient trompettes de père en fils, certains s’installaient dans la région parisienne. J’ai retrouvé ainsi récemment un cousin, Pierre Rodde, marié près de Versailles en 1726 à 42 ans avec une Jeanne de Beaugrand de 23 ans sa cadette, et fille d’un ancien officier de la Duchesse de Berry.

Tout ceci est intéressant, et change des 90% de laboureurs qui font le gros de mon arbre généalogique, et de celui de la plupart des chercheurs d’ancêtres.
Emile Rhodes (1869-1952), un cousin érudit descendant direct des trompettes que nous venons d’évoquer, s’est intéressé au sujet. Il a publié en 1909 « Les Trompettes du roi », un ouvrage fort instructif mais introuvable dans sa version originale – avec un tirage confidentiel de 215 exemplaires, bon courage pour en dénicher un. Heureusement, une version numérisée est imprimable à la demande via la BNF : le résultat est très laid, mais exploitable. Et au moins, on ne craint pas de le stabiloter.

J’ai donc lu « Les Trompettes du roi » d’Emile Rhodes, qui est typiquement un de ces amateurs érudits qu’on trouvait à la charnière entre XIXème et XXème siècle. On perçoit presque à chaque page, le travail de bénédictin qu’ont dû représenter les fastidieuses recherches à cette époque sans numérique. On observe aussi sans doute quelques imperfections, quelques manques, et une inclination naturelle teintée de chauvinisme pour les « Rodde » et les trompettes auvergnats en général.
Notre époque permet sans aucun doute d’aller beaucoup plus loin sur ce sujet des trompettes du roi… Pourquoi ne pas réunir un groupe de passionnés autour de cette thématique : généalogistes, passionnés d’histoire. Il faut poursuivre les recherches entamées par Emile Rhodes, découvrir de nouveaux documents, se servir de travaux historiques plus récents que n’a pas connu l’auteur, corriger ses erreurs ou ses extrapolations, trouver ou faire réaliser de nouvelles illustrations des trompettes de chaque époque, en couleur cette fois, et répondre à de nouvelles questions, jusqu’ici non traitées. A quoi ressemblaient les instruments de cette époque ? Comment les auvergnats apprenaient-ils à en jouer ? Comment avaient-ils accès à ces charges ? Pourquoi l’origine auvergnate de certains trompettes a-t-elle pris fin au milieu du XVIIIème siècle ? …
Ce travail permettrait in fine de publier un nouvel ouvrage sur le sujet, plus actualisé, plus complet, citant toutes ses sources, et comportant un maximum d’informations à destination des généalogistes et des descendants de ces trompettes que le temps a effacés de nos mémoires d’hommes.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Plop

    le 25 janvier 2022

    Bel article, j’étais déjà venu il y a des années et j’avais apprécié, et puis j’avais oublié. Me revoilà donc déboulant de quelque tunnel du web. A l’époque j’avais été curieux de lire l’entrepreneur, fondateur de jeuxvideo.com (rip) car le monde de l’entreprenariat était (et est toujours ) un des mondes qui m’est le plus étranger, dont je connais le moins de chose et à propos duquel je nourrissais les plus bêtes représentations.
    Une vision naïve sans doute, à ma décharge j’étais pas bien vieux, et j’étais effectivement naïf. Je le suis toujours mais grâce à cette lointaine visite, j’avais revu mes représentations.
    D’ailleurs l’expérience m’avait un peu marqué puisque je n’ai jamais totalement oublié l’existence de ce blog.
    Enfin bon, me voilà donc, et j’apprécie de vous lire. Je suis pas juge de style ni prof de littérature mais je trouve que vous avez un style très élégant sans être soporifique. Les styles élégants m’endorment souvent, mais pas le votre. Il y a une justesse, une finesse et une certaine poésie qui se montre par instants mais qui, finalement, court souvent entre les lignes en attendant de se montrer. Style élégant mais pas engoncé, pas figé, pas orgueilleux. J’écris ça ici, j’aurais pu l’écrire sous un autre billet, particulièrement ceux qui prennent la forme de carnets, de pensées, de notes.

    Ce qui m’a poussé à poster ce commentaire, c’est que je me suis dit « mais pourquoi n’écrit-il pas un livre, un recueil, des pensées, de la poésie, un peu des deux, un carnet, etc ? » Vous devriez ! Je vous lirais.

  2. lightman

    le 5 février 2022

    Je crois que vous me prêtez un talent que je n’ai pas. Je dois reconnaître cependant que juste après avoir lu le livre « A la Ligne » du regretté Joseph Ponthus, j’ai bien eu envie d’écrire un texte en utilisant la même forme sans ponctuation, que j’avais trouvée extrêmement inspirante. Enfin, maintenant, je suis parti sur cette aventure de trompettes du roi, ce qui explique mon silence ici. D’ailleurs désolé du délai de validation et de réponse à ce commentaire. Et merci de me lire ! 🙂

  3. Elias

    le 25 juillet 2022

    bonjour
    Où en êtes-vous de vos recherches ? En effet, les Rodde en question figurent également parmi mes ascendants. Et j’aimerais en savoir plus sur l’origine de cette « dynastie ». Un point en particulier mérite d’être éclairé : vous écrivez « Ces trompettes n’étaient pas nobles ». Mais je peux vous indiquer que leurs épouses sont descendantes de la meilleure noblesse auvergnate. Cela tient-il uniquement au prestige ( et aux revenus) que confèrent cette charge ? Ou bien leur ascendance n’est-elle pas de bonne extraction ? Nous verrons.
    Bien cordialement
    Elias