Lecture et confinement

Le 1 novembre 2020

La lecture a paradoxalement retrouvé une place dans une actualité par ailleurs exécrable. Pourtant, lors de l’annonce du second confinement, le chef de l’état n’a pas eu un mot pour le monde des livres, contrairement au mois de mars où il avait encouragé ses compatriotes à « retrouver du temps pour soi », notamment pour lire. Mais cet automne tout comme au printemps, le résultat est le même : les librairies ont été fermées d’autorité. Tandis que les magasins de bricolage et de jardinage sont ouverts. On peut se poser la question du jardinage au mois de novembre. Il est vrai que nos présidents ne sont depuis Sarkozy plus issus du monde de la terre, et ne peuvent par conséquent plus revendiquer son bon sens paysan. La lecture apparaît pourtant comme un excellent moyen de se cultiver, tout en évitant le pétage de plombs, quand reviennent les jours gris et froids et qu’on est fermés chez soi.

Plus que la fermeture des librairies, ce qui a mis le feu aux poudres du secteur de l’édition, c’est de savoir que les FNAC resteraient accessibles grâce à leurs rayons informatique et téléphonie, considérés comme essentiels pour les personnes qui exercent une activité en télétravail. Le lobby de l’édition s’est donc mis en action, et a réussi à faire fermer – pour l’instant pour deux semaines – les rayons Livres de la FNAC, ainsi que ceux des hypermarchés. Dans les milieux informés, on explique que ces commerces représentent tout de même près de 50% des ventes de livres en France.

Ainsi, afin de protéger les librairies, on ferme tous les commerces physiques de livres. Les lecteurs seront pénalisés alors même que tous les profs de lettres se désespèrent, et les sociologues constatent la désaffection lente mais inexorable de la population pour la lecture. Netflix, Playstation, Youtube : vainqueurs par K.O. Ceux qui voudront à tout prix se procurer un livre utiliseront tout de même la vente à distance auprès d’une grosse entreprise américaine qui oublie de payer ses impôts en France.
Mais en y réfléchissant, les plus pénalisés seront finalement les petits éditeurs et surtout les auteurs. Il y a très peu d’écrivains en France qui arrivent à vivre de leur art. Un auteur touche environ 10% du prix hors taxe de son livre, souvent guère plus d’un euro par exemplaire. Ainsi, il est aisé de comprendre que même un auteur qui vend 50.000 exemplaires – ils sont très peu à passer ce cap – ne peut vivre de cette activité que s’il publie des livres très régulièrement, et à condition qu’il connaisse le succès à chaque fois. Et encore, on sera loin des salaires mirifiques des stars du cinéma, de la musique, sans parler du sport ou de la télé. Bref, ceux qui vont le plus souffrir de la difficulté d’acheter des livres, ce sont les auteurs. Ils sont beaucoup moins nombreux que les libraires qui parviennent à vivre de la vente de livres, et pourtant ils n’ont personne pour les défendre. Avez-vous entendu la voix des auteurs ?

Alors, je vous encourage à offrir des livres pour Noël, afin de soutenir les auteurs. En particulier les jeunes, les méconnus, les prometteurs afin qu’ils puissent continuer à écrire. Soutenons aussi les petites maisons d’édition qui font souvent un travail remarquable afin qu’elles survivent à cette crise inédite.

Cela ne doit pas nous empêcher non plus de lire aussi des best-sellers, qui peuvent permettre à leurs éditeurs de se renflouer et de publier d’autres ouvrages plus confidentiels et plus risqués. Comme je vous l’avais déjà dit, je me régale en ce moment de La Chambre des Dupes de Camille Pascal. Son écriture est majestueuse. Pour le plaisir et à titre d’exemple, je vous en livre une seule phrase (page 212), qui parle de la marquise de la Tournelle, futur Duchesse de Châteauroux, et ambitieuse maîtresse de Louis XV :

« Non contente de se prélasser dans son bel appartement des attiques où tout Versailles montait se prosterner, elle remuait des idées de grandeur, imaginait des triomphes, se voyait telle une victoire ailée couronner son amant de laurier et distribuer bâtons de commandement ou rubans bleus à des maréchaux couchés à ses pieds sur des lits de drapeaux pris à l’ennemi.« 

Bonne journée, et bonne lecture !

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