Il pleut bergère

Le 4 octobre 2021

Ca commence ce matin après une nuit d’orage méditerranéen. En ouvrant les volets, l’eau de la piscine est presque au niveau de la margelle et déborde abondamment des skimmers. Sommairement protégé par un parapluie d’Aurillac qui en a vu d’autres, je sors. Le portail a décrété une grève surprise, sans doute stimulé par les éboueurs grévistes de Marseille. Son mécanisme électrique a disjoncté à cause de toute cette flotte. Un plaisir rare que de débrayer le portail sous des trombes d’eau pour pouvoir l’ouvrir manuellement ; d’abord il faut retrouver cette putain de manivelle dont on ne se sert jamais ; puis tenter de se souvenir dans quel sens il faut l’introduire ; la faire pivoter ; c’est dur et ça grince ; il faut forcer comme un haltérophile moldave ; je suis trempé mais je fais abstraction enfin j’essaie ; bordel pas moyen ça bloque ; ça doit être grippé ; la pluie redouble et retriple ; et enfin le mécanisme s’avoue vaincu, le portail s’ouvre. Direction la voiture au pas de gymnastique suivi de Jade. Mon pied gauche s’enfonce alors dans un fleuve tumultueux généré par les deux torrents de la piscine incontinente. Sur la route, des bouchons monstres sur les rares voies qui ne sont pas submergées : une heure pour parcourir les trois kilomètres qui nous séparent du collège de Jade. En marchant, j’aurais eu le temps de faire l’aller-retour. Une fois revenu au sec à la maison, le collège envoie un message pour prévenir les parents de venir chercher leur marmaille. Décidément, ce matin est particulièrement contrariant. Le message explique vaguement que le préfet a placé tout le département en alerte rouge, que le rectorat par prudence préfère ne pas se mouiller (ha!), et que le directeur dans son infinie sagesse préconise « surtout pas de vagues » (ha!).

Vous connaissiez le binge-drinking des alcooliques anglais, le binge-watching des fous de Netflix. La Provence m’a fait découvrir ce matin le binge-raining. Ici, il pleut en volume annuel à peu près autant qu’ailleurs, mais cette pluie est répartie sur un tout petit nombre de journées. Tandis qu’à Brest il crachine un peu tous les jours, ici il drache méchamment une fois par mois, d’un coup. Cette nuit, il paraît qu’il est tombé 66 mm de pluie à Aix.

Dans les prochaines heures, une seconde tempête est prévue par Laurent Romejko (le Benjamin Button de la télé), avant un retour du soleil dès demain. En attendant, je vais attaquer une nouvelle lecture, le dernier roman de Sorj Chalandon « Enfant de Salaud », l’histoire d’un affabulateur français de la moitié du XXème siècle, qui aurait à la fois porté l’uniforme de la SS, et aussi été un grand résistant… à moins qu’il n’ait porté l’insigne FFI, tout en étant en réalité un éminent collabo… Impossible de démêler le vrai du faux. Le plus beau, c’est qu’il n’est pas un personnage de roman, il s’agit du père de l’auteur.

J’ai aussi commandé une nouvelle de Zola suite à un article du Figaro qui parlait de taphophobie, la peur d’être enterré vivant. On a tous cauchemardé de cela au moins une fois dans ses nuits. Dans les commentaires à la suite de l’article, j’ai repéré un propos intéressant. Pourtant, ils sont généralement hallucinants de connerie les commentaires du Figaro, pires que Le Monde, mais quand même pas aussi débiles que les commentaires postés sur Sputnik. Faut-il en conclure qu’il existe une corrélation entre intelligence et couleur politique ? Ou alors c’est que l’équipe de modération du Monde est plus efficace ? Optons pour cette explication plus consensuelle.
Bref, dans un commentaire du Figaro, un lecteur doté d’une d’intelligence supérieure à la moyenne croyait se souvenir d’une nouvelle de Zola en rapport avec la taphophobie, sans parvenir à se souvenir de son titre, et trop paresseux pour le chercher sur Google. Ce que j’ai fait triomphalement – on a les succès qu’on peut – en répondant au commentaire, et en m’empressant de valider une commande de celle-ci sur un site de ecommerce américain dont l’emblème est un sourire et qui ne paie pas ses impôts en France. Il s’agit de « La Mort d’Olivier Bécaille », l’histoire d’un type qui se réveille dans son cercueil et assiste à ses obsèques. Réjouissant, non ?

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