Murat : concours agricole de 1846

Le 24 mai 2022

J’ai récupéré récemment quelques vieux papiers qui sont en lien avec le concours agricole de Murat du 4 septembre 1846. Non pas que je sois un spécialiste passionné par ce sujet, mais disons qu’il m’aide à contextualiser des recherches généalogiques, dans la mesure où nombre de mes ancêtres étaient paysans dans les environs de Murat.
J’étais déjà tombé sur quelques articles rendant compte de ces concours agricoles dans la presse régionale du début du XXe siècle. La longueur et l’exhaustivité de ces textes montraient bien toute l’importance qu’on accordait à ces manifestations. C’était sans doute une grande fierté pour les éleveurs d’être mis en exergue à cette occasion, et encore plus de voir leur travail récompensé par un prix.

Pour ce concours de septembre 1846, j’ai récupéré des données sur une dizaine de concurrents, originaires des communes de Dienne, Lavigerie, Murat, Moissac, Chavagnac, Bredons, ou Chastel-sur-Murat.

On trouve par exemple Barthélémy Pissavy (1798-1866), non parent, « propriétaire-cultivateur du lieu des Maisons, commune de la vigerie » qui présente une « vache poil rouge » au concours. A cette époque, il faut se souvenir que l’agronome Ernest Tyssandier d’Escous n’a pas encore produit son effort autour de la « race de Salers » dont la dénomination ne sera adoptée que six ans plus tard en 1852. Ainsi, sur tous les documents que j’ai sous les yeux, on nomme la race de bovins de Haute-Auvergne, « vache poil rouge ».
D’après la lettre signée de Barthélémy Pissavy, celui-ci n’a présenté qu’une seule bête au concours, qu’il certifie être sa propriété et avoir fait naître et élevé dans ses étables. L’utilisation du mot étable a ici de quoi surprendre. En effet, dans cette partie de la Haute-Auvergne, pour une raison inconnue, on préfère le mot « écurie ». Mais peut-être le terme « étable » revêtait-il un caractère officiel ou administratif, qui n’empêchait pas les paysans de dire « écurie » au quotidien.
Une petite digression sur la participation concrète au concours. On peut imaginer Barthélémy Pissavy se levant au milieu de la nuit pour être présent à Murat dès le matin pour participer. La commune de Lavigerie se situe à près de 13 kilomètres de Murat, c’est le dernier village avant le Puy Mary. Le trajet se fait obligatoirement à pied, et le profil est loin d’être reposant. On imagine qu’au rythme d’une vache qui doit ensuite être en mesure de participer au concours, le trajet nécessite au moins quatre heures de marche. Mais le pire est le trajet du retour quand, une fois cette éprouvante journée passée, il faut remonter à Lavigerie à plus de 1100m d’altitude.

Louis Bressange de son côté habite dans la vallée de l’Alagnon sur la commune de Moissac, au lieu-dit Neussargues. Quelques années plus tard, avec l’arrivée du chemin de fer et la construction de la gare de Neussargues, la commune connaîtra une forte croissance démographique avec l’arrivée de nombreuses familles, et sera renommée en 1900. La ferme Bressange est toujours debout en 2022, et un village de quelques centaines d’âmes a poussé autour. Elle est habitée par un probable descendant de Louis, et jouxte le gracieux château Marguerite sorti de terre fin XIXe..

Pour ce concours, Louis Bressange ne présente pas de bête mais sert de témoin à son voisin qui va y présenter un « veau poil rouge âgé d’un an à dix-huit mois et deux taureaux de deux ans à trente mois ». Bressange et un autre voisin (Jean-Louis Boyer) certifient que les deux taureaux que va présenter le Sieur Hippolyte Benoît sont bien les siens, et que ces vaillants bovins ont « sailli la majeure partie des vaches appartenant aux propriétaires des sections de Sévérac de Neussargues et même de Moissac ». Cachet « mairie Moissac », et signature du maire de Moissac : Jean-François Talandier Lespinasse.

Autre protagoniste intéressant en la personne d’un certain M. Rhodes, docteur en médecine, qui certifie pour Jean Pons que les « deux taureaux poil rouge qu’il présente au concours sont nés et ont été élevés chez lui ». Comme en atteste sa signature, le certificat a été écrit de la main même du Docteur Rhodes, ce qui n’est pas le cas des autres certificats, sans doute rédigés par le maire ou le secrétaire de mairie. Ce Dr Rhodes est très certainement Jean-Baptiste Rhodes, un lointain cousin, né à Saint-Hippolyte en 1800, et mort à Murat en 1886, il est un descendant en ligne directe de la prestigieuse lignée de trompettes du roi. Marié trois fois, la dernière fois à l’âge de 62 ans, avec Jeanne Estieu de 37 ans sa cadette. Parmi ses enfants, Emile Rhodes, un personnage tout à fait atypique, magistrat, bâtisseur du château Rhodes à Murat, et qui mériterait au moins un article pour lui tout seul. Il est notamment l’auteur du livre « Les Trompettes du Roi » publié en 1909. Vous voyez qu’on n’est jamais très loin de mon sujet de prédilection.

Je termine en vous donnant les noms des protagonistes, si quelques généalogistes passent dans le coin :

AMADIEU Guillaume (maire de Dienne)
AMADIEU (Domaine à Lastauves, est-ce le maire ? Possible dans la mesure où ses certificats en mairie de Dienne sont signés par un adjoint)
BENOIT Hippolyte (ancien magistrat, domaine de Parchoux)
BOUDOU Pierre (La Buge, de Lavigerie)
BOYER Jean-Louis (Neussargues, de Moissac, voisin de BENOIT)
BRESSANGE Louis (Neussargues, de Moissac, voisin de BENOIT)
CHABRIER Jacques (La Buge, de Lavigerie, voisin de PISSAVY et BOUDOU)
CHAUVET Géraud (voisin du Sieur VERESME)
DELPIROU (témoin pour le domaine d’Entremont, de Chastel-sur-Murat)
DELRIEU Auguste (La Buge, de Lavigerie, voisin de PISSAVY et BOUDOU)
DUCLAUX Pierre (1er adjoint au maire de Murat)
ESTIEU (témoin pour le domaine d’Entremont, de Chastel-sur-Murat))
GANDILHON Pierre (maire de Lavigerie)
JOUVE Pierre (Drils, de Dienne)
LAURENT Jean (Renouziers, de Dienne, voisin d’AMADIEU)
LIVERNAT (de Pignou, commune de Bredons, voisin de TISSIER)
MAURY (fermier de Chazelles)
MEYNIEL (fermier d’Estalapos, voisin de TISSIER)
NOUVIALLE Sébastien (Drils, de Dienne, voisin d’AMADIEU)
PAUTUT Guillaume (Lascombes, de Dienne, voisin d’AMADIEU)
PICHOT François (maire de Chavagnac)
PISSAVY Barthélémy (Les Arbres, de Lavigerie)
PONS Jean (domaine de L’Héritier)
PONS (voisin du domaine d’Estalapos)
RHODES Jean-Baptiste (médecin à Murat, certifie pour MAURY et PONS)
RISPAL Jean (voisin du Sieur VERESME)
ROUX (Foufouilloux, de Murat)
SAUROU Gabriel (maire de Chastel-sur-Murat)
TALANTIER L’ESPINASSE Jean-François (maire de Moissac)
TISSIER (voisin du domaine d’Estalapos)
VERESME (Domaine du Peuch, de Dienne)

Pour conclure ce papier, j’aurais souhaité reproduire ici un article de presse d’époque rendant compte de ce concours de 1846 et annonçant le palmarès. Je n’en ai pas trouvé. Si jamais vous y parvenez, merci de m’en avertir.

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