Valls, deux papes, Magnum

Le 28 mai 2021

Vous savez comme les politiques jouent un rôle devant les caméras ; rigides, engoncés dans leurs costumes de chez Arnys, le menton haut, armés de déclarations péremptoires. Et une fois qu’ils ont quitté la vie publique, par une étrange métamorphose, ils se révèlent sous un tout autre jour, plus naturels, parfois même plus sympathiques. Ainsi de Manuel Valls, ancien premier flic de France puis premier ministre, dans une interview récente accordée au site littéraire ErnestMag intitulée « la littérature assouvit ma passion de l’humain ». Ce qui m’a le plus frappé, c’est que Valls a commencé à lire et à aimer les mêmes livres que moi, malgré la dizaine d’années qui nous séparent. Ainsi dit-il que la bande dessinée à la maison était proscrite, sauf Tintin – mon seul album de BD était Tintin et le Lac aux Requins ; qu’il a lu le Club des Cinq, dont j’ai bien dû dévorer moi-même une douzaine d’aventures. Jusque là, c’est assez classique. Ensuite, il aborde Jules Verne. Mais au lieu de citer les romans les plus célèbres de l’inventeur de la science-fiction, comme Vingt-Mille Lieues sous les Mers, Le Tour du Monde en Quatre-vingt jours, Voyage au Centre de la terre, ou encore L’île Mystérieuse, il cite plutôt Deux Ans de Vacances, qui est LE livre qui a marqué ma jeunesse. Les aventures de ce groupe d’enfants de la bonne société anglaise qui se retrouvent seuls en haute mer à bord du Sloughi, puis font naufrage sur une île déserte, où ils sont contraints d’organiser la vie collective dans une grotte baptisée French-Den. Ce récit m’avait profondément passionné, ouvrant une porte sur les robinsonnades, genre littéraire que j’affectionne. Sans doute aussi est-ce une raison pour laquelle j’aime lire Sylvain Tesson, spécialiste des aventures solitaires, où l’auteur crée son propre monde, coupé de la civilisation.
J’ai donc un point commun avec Valls, c’est peut-être le seul mais les expériences d’enfance ne sont pas négligeables, elles disent souvent beaucoup des adultes que nous sommes devenus.

J’ai terminé hier la lecture de La Rencontre du philosophe Charles Pépin dont je vous parlais la dernière fois. Un très bon livre. J’ai à cette occasion pris conscience que l’hypertexte avait grignoté mon cerveau. L’hypertexte, une belle invention qui a trouvé son apogée – merci Tim Berners Lee – en reliant entre elles toutes ces pages du web autrement bien solitaires. L’hypertexte, c’est aussi le zapping permanent. La télé a inventé le zapping, le web l’a consacré. Et inévitablement, ce mode de fonctionnement façonne nos esprits. Il n’est pas rare au cours d’une lecture, de vouloir cliquer sur un mot afin d’avoir sa définition, ce que permettent les liseuses numériques ; ou bien de parcourir quelques pages d’une référence littéraire mentionnée en note de bas de page ; ou d’admirer un tableau méconnu qu’un auteur s’obstine à citer inlassablement mais qu’on n’a jamais vu…
Le livre de Charles Pépin abonde en références culturelles populaires. A un moment il parle du film « Les Deux Papes » qui retrace la passation de pouvoir entre Benoît XVI et le Pape François, et surtout la rencontre de deux hommes d’église, deux sommités dans la hiérarchie catholique, que tout oppose et qui vont pourtant sceller une amitié tout à fait inattendue. J’ai stoppé net ma lecture et j’ai visionné le film sur Netflix. Anthony Hopkins dans le rôle de Benoît XVI est remarquable, et ce film dit beaucoup de la façon dont naissent les amitiés. Ou plus exactement, comment naissent les amitiés selon Charles Pépin, car comme vous le savez je ne suis pas un spécialiste de cette question.
C’est en tous cas très agréable de stopper une lecture intéressante pour visionner un film, pour mieux revenir vers le livre qui s’en trouve éclairé d’une lumière nouvelle.

Uxam recrute des franchisés. Uxam, c’est un réseau d’agences de détectives privés. Pour moi, un détective privé, c’est Magnum à Hawaï dans sa Ferrari 308 GTS rouge. La vraie « force tranquille », ce slogan mitterrandien, c’est surtout Magnum qui l’incarne dans les années 80 avec sa chemise à fleurs, sa moustache qui frise, sa décontraction feinte, mais soudainement son redoutable crochet du droit et son Colt M1911. La classe, quoi. Il y a déjà une agence Uxam à Marseille, une autre à Toulon, mais pas à Aix-en-Provence. Ils disent que tous les profils sont acceptés, il faut juste passer un diplôme d’agent privé en huit mois. C’est pour moi !
– Non-Mais-n’im-por-teu-quoi ! Qué fada ! (petite voix intérieure avec l’accent marseillais)
En y réfléchissant mieux, il paraît que le coeur du métier, c’est la filature dans des affaires de divorce. Vous imaginez Magnum en train de filer Monsieur Tartempion pour le surprendre en train de besogner Madame Michu ? Quelle méprisable banalité. Remarquez, je ne suis pas sûr non plus de vouloir risquer ma peau quotidiennement comme Magnum.
Non finalement, le mieux ce serait que je sois une sorte d’Higgins. Comme celui-ci prête son bolide à Magnum, je pourrais prêter ma C4 Picasso à un détective de la région. Tiens, c’est une idée de business, ça. J’ouvre une plateforme qui s’appelle Higgins.com et dont le but serait de prêter sa voiture à des détectives privés. On aurait évidemment un partenariat avec Uxam. Prévoir une bonne assurance, vu l’état de la voiture lorsque Magnum la rend à son propriétaire.

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