Sérotonine en boîte

Le 23 avril 2021

Je n’ai encore jamais trouvé de roman de Michel Houellebecq dans une boîte à livres. De fait, on trouve dans ces petites bibliothèques de rue, des ouvrages dont leurs possesseurs ont souhaité se délester sans la culpabilité de jeter un livre à la poubelle – ça ne se fait pas.
Pour ma part, c’est parce que j’ai deux exemplaires de Sérotonine. Un premier que j’avais prêté à une amie qui a mis un temps certain pour me le rendre, ce qui m’avait conduit à le racheter prématurément. Parce que relancer quelqu’un à propos d’un livre qu’on lui a prêté relève quand même d’un certain manque de tact.

Si vous avez choisi de prendre cet ouvrage, c’est que vous ne l’avez pas lu. Peut-être même que vous ne connaissez pas du tout Houellebecq, tout au plus en avez-vous entendu parler, peut-être l’avez-vous croisé chez Ruquier ou Ardisson au hasard d’un zapping nocturne, ou peut-être avez-vous subi une publicité dans un magazine ou au cul d’un autobus ?

On dit que Michel Houellebecq est le plus grand écrivain français à l’exclusion de tous ceux qui sont morts. Je serais bien incapable de l’affirmer. Je peux dire en tous cas que j’apprécie beaucoup ses romans – j’ai moins de goût pour ses poésies et ses interventions dans la presse écrite, et je considère effectivement que son oeuvre restera. Chaque roman qu’il publie défraie la chronique, on lui prête volontiers des dons de prédictions puisque ses personnages se meuvent dans un environnement contemporain aux prises avec les grands problèmes de la France actuelle, voire de la France d’un futur proche : terrorisme, solitude des individus et misère sexuelle, extrémismes religieux, déclassement économique, concentration démographique…
Certaines pages sont parfois furieusement drôles, je suis pourtant peu sujet à m’esclaffer devant un bouquin. Dans Sérotonine par exemple, j’étais plié de rire à la lecture de cette double page hilarante dans laquelle l’auteur cherche à convaincre, comme un maquignon, que la jeune moldave est la compagne idéale de l’agriculteur français célibataire.
Houellebecq, c’est aussi des passages très crus, régulièrement pornographiques. Dans Sérotonine, la présence d’une scène pédophile a mis mal à l’aise plus d’un lecteur.
Je crois que c’est pour cela que Houellebecq connait non seulement un succès critique mais aussi un succès populaire. Le succès populaire, parce qu’on y lit des choses qu’on ne lit pas ailleurs, avec des dialogues beaucoup plus crus que ce qu’on peut voir dans des séries télé par exemple, et auxquels très peu d’écrivains s’attaquent. Avec talent tout du moins. Il y a une deuxième lecture plus intellectuelle, puisque le Goncourt 2010 donne du grain à moudre à nos cerveaux. Dans Soumission, le héros est un professeur spécialiste de Joris-Karl Huysmans, un écrivain français méconnu du XIXème siècle converti au catholicisme, dont l’oeuvre est ainsi sortie d’un quasi-oubli un siècle après sa mort.

Dans tous les cas, lire Houellebecq est une expérience. On aime ou on n’aime pas. Ses détracteurs mettent en avant son absence de style : « on croit lire une notice Wikipedia ». D’ailleurs, un paragraphe de Wikipedia avait été recopié dans La Carte et le Territoire, ce qui avait fait polémique, une de ces polémiques ridicules mais médiatiquement porteuses dont notre époque a le secret.

Je m’arrête, l’important n’est pas de lire cette note, mais le livre lui-même. Alors bonne lecture ! Et si le coeur vous en dit, merci de partager ici votre rapport d’étonnement : www.pissavy.com/serotonine

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