Ferry, Sagan, Pépin

Le 27 avril 2021

Hier il y avait Luc Ferry à Passage des Arts, la petite émission culturelle et consensuelle de début de soirée présentée par Claire Chazal. Le philosophe et ex-ministre de l’éducation nationale expliquait qu’il écrit tous les jours. Et il le faut bien pour parvenir à produire près de 170 ouvrages comme il l’a fait. Je croyais que Michel Onfray détenait une sorte de record de production avec une centaine de livres, mais il est en fait battu à plates coutures. Ce que je retiens de cette émission, ce sont les goûts littéraires de l’invité. Pour lui, Emmanuel Carrère et Yasmina Reza sont les deux plus grands écrivains français vivants. Ce qui contredit le titre national que beaucoup attribuent à Houellebecq, y compris Emmanuel Carrère lui-même me semble-t-il. Il va me falloir découvrir l’oeuvre de ces deux auteurs à succès. Je ne peux me contenter du seul Yoga de Carrère, et ne pas avoir lu un seul livre de Yasmina Reza est assurément une lacune impardonnable.

L’autre jour, j’ai troqué Sérotonine pour Avec mon meilleur souvenir, roman autobiographique de Françoise Sagan. Elle dont je n’ai lu que Bonjour Tristesse, après avoir apprécié le film Sagan, avec l’admirable Sylvie Testud dans le rôle de l’écrivaine déjantée.
C’était dans une boîte à livres d’un quartier cossu d’Aix-en-Provence. J’ai découvert à cette occasion que le rang social moyen des habitants d’un quartier se reflète dans la composition des boîtes à livres. Ici, il y a une vraie segmentation sociale, presque à l’américaine. Avec des quartiers riches et des quartiers plus populaires. Les quartiers de ceux qui commandent sur Uber Eats, et les quartiers de ceux qui y travaillent pour livrer les sushis des premiers. Il n’y avait pas ça dans la petite ville d’Aurillac. Il y avait une véritable mixité que je retrouve moins ici. Et encore, il est probable qu’à Marseille le contraste soit encore plus spectaculaire, avec des quartiers pauvres proches de la misère.

Dans les quartiers populaires, j’aurais probablement plus de mal à trouver la collection blanche de Gallimard. Dans cette boîte à livres artisanale adossée à une petite église de campagne, on trouve – c’était attendu – quelques livres religieux et quelques exemplaires de la revue Magnificat, dont le seul nom m’évoque ce chant psalmodié à genoux parmi un groupe de lycéens sanflorains devant la grotte à Lourdes. Aujourd’hui encore, le Magnificat de Taizé me donne la chair de poule, plus sûrement qu’une Marseillaise avant une finale de Coupe du Monde. Certains souvenirs de jeunesse s’effacent insidieusement, tandis que d’autres restent remarquablement présents. On ne sait pas pourquoi, on ne choisit pas les morceaux de mémoire qui restent gravés et ceux qui s’effacent à tout jamais.

Une constante dans ces bibliothèques de rue, dans toutes on trouve les livres imposés dans les programmes scolaires de collèges et de lycées… La plus insolite des boîtes à livres que j’ai pu voir récemment est celle qui est accolée au mur chez ma coiffeuse en face du petit canapé de l’entrée. Seulement une vingtaine d’ouvrages, mais leur simple présence rassure et adoucit l’attente. Il faudra que je pense à y apporter ma contribution la prochaine fois. En sortant, je suis allé dans la petite librairie indépendante juste en face, pour y trouver La Rencontre, un livre prometteur du philosophe et romancier Charles Pépin. Le dos de couverture est incitatif : « Une philosophie salutaire en ces temps de repli sur soi« . Exactement ce dont j’avais besoin.

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