D'Orwell à Oscar

Le 17 octobre 2020

J’étais à la FNAC avec l’intention d’acheter pour la première fois un livre en édition La Pléiade. Car Gallimard vient d’accueillir dans sa prestigieuse collection, George Orwell, l’auteur de La Ferme des Animaux, et du roman le plus cité cette année avec La Peste de Camus, je veux parler de 1984. Ce roman d’anticipation écrit en 1948, nous emporte dans une société de surveillance généralisée, un régime totalitaire qui truque l’histoire à son profit, pratique le lavage de cerveau, élimine les opposants, appauvrit le langage pour hébéter le peuple dans le but de mieux le contrôler…
Toute ressemblance avec la « tyrannie sanitaire » actuelle – pour reprendre l’expression des jeunes manifestants contre le couvre-feu à Aix hier, serait purement fortuite. Enfin pour l’instant, car nous sommes actuellement sur une pente glissante. Emmanuel Macron restera dans l’histoire comme le président le plus liberticide de la Vème République, une belle médaille. Les vieux cons qui nous disaient que c’était une erreur d’élire un jeune avaient finalement raison. On mesure amèrement les carences de notre chef : le manque cruel d’envergure et de sang froid, l’incapacité à se placer au-dessus du pouvoir médical, à se projeter pour bâtir une stratégie pérenne plutôt que de piloter le paquebot France au jour le jour, l’inefficacité incroyable des services étatiques et l’absence de volonté du chef de taper du poing sur la table. On voulait un président, on a un haut fonctionnaire. On espérait un petit De Gaulle, on se retrouve avec René Coty…

Je n’ai pas trouvé ce que je cherchais à la FNAC, visiblement ils ne vendent pas La Pléiade ; alors je me suis rattrapé avec Camille Pascal et son dernier roman historique La Chambre des Dupes. J’apprends d’ailleurs qu’il vient de devenir plume pour le premier ministre. Quand même, écrire les discours de Jean Castex après avoir fait parler Louis XV, peut-on vraiment considérer cela comme une promotion ?

Soudain une jeune femme enjouée passant derrière moi s’adressa de façon très sonore à un garçon qui la précédait : « Tu couines vachement des pieds, Oscar ! »
Quelle belle phrase, singulière, créative, drôle, rythmée, avec un prénom final parfaitement coordonné. On voit bien qu’on est à Aix au rayon littérature. Couiner des pieds, c’est joli et c’était vrai : l’adolescent attardé portait des espèces d’écrase-merdes qui sont à la chaussure ce que les Monster Truck sont à l’automobile, et qui émettaient de bruyants et comiques « chluik-chluik ».
« Tu couines vachement des pieds, Oscar !  »
J’ai gardé cette phrase en tête toute la journée. Ca ne vous le fait pas, vous ? Vous entendez une phrase dans la rue, même pas une bribe de conversation, non juste une phrase, et c’est comme un petit bijou que vous portez dans votre cerveau pendant quelques temps. Vous imaginez le dialogue qui a pu arriver juste avant, et celui qui est venu juste après. Vous vous demandez quelle est la personnalité qui l’a prononcée. Vous vous remémorez aussi d’autres expressions analogues.
Evidemment, après « couiner », « puer des pieds » vient assez vite à l’esprit.
« Puer de la bouche » aussi. On a tous en mémoire un vieux prof de français qu’on redoutait de voir se pencher sur notre copie et nous faire profiter de son haleine de fumeur de cigarillos mexicains.
Plus intéressant : « trembler de la jambe ». Myriam est atteinte de ce tic pénible. Vous êtes à table tranquillement en train de déguster son fameux poulet au chorizo lorsque l’eau se met à bouger, les couverts vibrent à une cadence régulière. Aix a beau être en zone sismique, ce n’est pas un tremblement de terre. On accuse le chien en lui criant d’arrêter de se gratter ; peine perdue, il est complètement et définitivement sourd. Mais en fait non, c’est Myriam qui bat frénétiquement la mesure avec son pied, sur un tempo très rapide, peut-être « prestissimo » (plus de 188 pulsations par minute). Ah ces musiciens…

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