Où l'on entend encore parler de Bernard Tapie
Je suis en train de terminer le bouquin de Michel-Edouard Leclerc intitulé Du bruit dans le Landerneau, et dont j’ai déjà parlé dans une note.
J’ai voulu vous retranscrire une anecdote marrante entre Leclerc et Bernard Tapie… Marrante et qui semble révélatrice de l’action de Tapie durant son bref passage au gouvernement (ou plutôt de sa communication et son absence d’action). Désolé pour le droit d’auteur, c’est un peu plus qu’une simple citation, mais ça donnera envie d’acheter le bouquin ! 🙂
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Alors qu’il était ministre de la ville, [Bernard] Tapie m’a convoqué un matin pour parler des problèmes dans les banlieues. Le contexte le justifiait. Le week-end précédent, les salariés du centre E. Leclerc des Mureaux dans les Yvelines, en plein inventaire, avaient été attaqués au cocktail Molotov par des bandes de voyous. […]
Durant l’heure d’entretien, il a écouté puis s’est peu à peu agité. Irrité de l’absence de son directeur de cabinet, il l’a fait chercher et l’a obligé à prendre des notes. Tapie parlait fort (c’est un euphémisme), s’agaçait, mais condescendait, prenait parti : on allait changer tout ça. Nous nous sommes quittés un peu sonnés. Mon collaborateur était scié. Il hésitait entre la franche hilarité et la lettre de recommandation à la Comédie Française.
Deux heures après, nous partions pour Arras […] inaugurer un très grand entrepôt. Nous roulions vite, sur les traces du célèbre Mellick, maire de Béthune, recordman du départ arrêté sur autoroute. J’allume la radio. Et voilà qu’aux informations, un journaliste annonce que Bernard Tapie vient de décider la création de maisons du citoyen dans les banlieues. Il s’agit d’occuper les jeunes désoeuvrés, de leur donner une formation aux métiers manuels (tout cela me semblait bel et bon). Tout d’un coup je pile sur les freins. J’entends que le parrainage serait assuré (et le financement apporté) par trois entreprises volontaires : Bouygues, E. Leclerc et une autre entreprise dont j’ai oublié le nom. Il ne nous avait pas parlé de ce projet. J’aurais cru au gag si l’info ne continuait de circuler en boucle sur toutes les ondes. Il fallait se pincer. Mon collaborateur décida d’appeler, depuis le téléphone de la voiture, le directeur de cabinet. Effondré, ce dernier en bégayait : « On ne peut pas le maîtriser. »
Finalement ce projet n’a jamais pris corps ?
Non bien sûr. Et ce n’est pas en grillant ainsi ses interlocuteurs qu’il aurait pu trouver des partenaires.
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Pas mal comme méthode de mise au pied du mur ! 🙂
Enfin, c’est pas vraiment une méthode de gentleman… Maintenant, Tapie n’a jamais été un gentleman. D’ailleurs Leclerc semblait l’avoir compris, lui qui avait dit de Tapie, alors que ce dernier était au sommet de sa gloire, qu’il ne lui confierait pas son porte-feuille !










Pascal
le 5 mars 2004Truc bizarre : la pub d’accueil de ton site est de…AOL. Pas rancunier AOL ?
PS : Je suis en train de lire La Guerre des deux France, de Jacques Marseille. Plein de stats étonnantes. Je te le conseille.
DBardel
le 5 mars 2004Il se trouve justement que Libération et Télérama ont décidé, sans même se concerter, de me confier un poste au sein de leurs rédactions respectives… Ils ne sont pas encore au courant, ils ne savent même pas que j’existe, mais moi je tiens le scoop. Ils l’apprendront en lisant ce blog !
Ceci dit, j’ai rencontré en vrai une dame qui avait connu Tapie. J’étais allée visiter une entreprise avec un organisme de formation, et nous avions été reçus par une secrétaire de direction qui avait auparavant travaillé au siège de Manufrance (j’habitais près de Saint-Etienne), que Tapie venait de racheter. La dame avait eu un bébé, et nous avait raconté qu’elle avait reçu à la maternité un bouquet de fleurs avec une carte signée du Narard en question. Elle évoquait ce souvenir avec les larmes aux yeux, alors que nous, on ne lui avait rien demandé. On visitait une cartonnerie, on était en stage payé par les Assedic. Ce jour-là, j’avais néanmoins rencontré une femme qui croyait que l’il de Dieu s’était posé sur elle ; franchement, ça m’a fait froid dans le dos.
Je ne sais même plus pourquoi elle nous avait raconté son truc ; je me souviens cependant de la conclusion qu’elle avait donnée à son histoire : « Bernard Tapie est un très grand chef d’entreprise qui aime son personnel, et je hais la chienlit qui se complaît à le traîner dans la boue ». C’était, pratiquement mot pour mot, ce qu’elle a dit avec un éclair sauvage dans le regard ; je ne suis pas près de l’oublier.
Alors Ligthman, t’as pas honte ? 😉
Jack
le 5 mars 2004Pour la pub AOL, j’ai remarqué aussi lol !
Lightman
le 5 mars 2004Pascal & Jack> Bien vu pour la pub AOL sur JeuxVideo.com ! Si lorsque je critique Treppoz, AOL France achète de pub chez nous, ça va m’inviter à poursuivre, héhéhé ;-))
Dbardel> Si on faisait un sondage parmi les anciens employés de Manufrance qui ont subi le rachat de Tapie, je ne suis pas sûr que l’opinion de cette dame serait majoritaire. D’ailleurs, la dame a pu changer d’avis depuis 😉
Je viens de trouver un article intéressant sur Tapie, dans lequel Manufrance est cité (peu d’autres infos sur le sujet sur le web). Extrait :
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Tous les ingrédients sont réunis pour faire de l’homme un acteur incontournable jusque dans les allées du pouvoir où son aura redonne des couleurs à des politiques moribonds. Mais tous les contes de fées ont une fin et celle de Tapie sera à l’image de sa gloire, pathétique et rocambolesque. Les uns après les autres les dossiers s’accumulent. C’est que le jeune premier aux dents longues a ruiné la plupart de ses entreprises (mises en liquidation judiciaire dès 1994), supprimé des centaines demplois quil prétendait sauver (manufrance, testut), détourné des capitaux de sa filiale financière, floué le Crédit Lyonnais (dont le contribuable continue à payer la recapitalisation étatique) et, cerise sur le gâteau, trafiqué des compétitions sportives pour en acheter le résultat (affaire VA/OM).
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http://www.libres.org/francais/archives/societe/archi/societe_042001/tapie_s151.htm (ça date de 2001)