Cantal : impulser un mouvement de création d'entreprises

Le 6 mars 2004

J’en ai parlé maintes fois dans ce blog, ce qui me tient à coeur en ce moment, c’est d’essayer de participer à mon petit niveau à enrayer le déclin démographique de ma région par le développement économique. Le constat : on perd 1.000 habitants par an dans le Cantal, ça on le sait.
L’état se désengage chaque année un peu plus de nos territoires (l’aménagement du territoire ça n’existe plus). La seule solution, c’est de se retrousser les manches et de créer nous-mêmes l’activité économique qui fera que nous retrouverons une situation de bénéfice démographique chaque année.


Le rapport Demeter dont je parlais avant-hier pointe pas mal de pistes au niveau de l’agglomération d’Aurillac. Les conclusions du Comité d’Expansion Economique sont les mêmes, avec à peu près les mêmes objectifs mais au niveau départemental. Elles visent à prospecter et implanter ici des porteurs de projet ou même des entreprises (des TPE).


Cependant, après réflexion, je pense qu’il faut aller plus loin encore. Aux grands maux les grands remèdes. Les solutions préconisées par Demeter sont peu ou proue les mêmes que celles qui sont déjà en application dans d’autres départements du Massif Central.
Il faut faire plus, plus vite, plus fort, plus efficacement si on veut s’en sortir. Je m’explique.


Demeter a pointé notre gros handicap ici qui est l’absence de culture entrepreneuriale, l’absence de culture d’entreprise. Il n’est pas naturel pour un jeune cantalou qui sort de l’école d’inclure dans sa réflexion la possibilité de créer son entreprise dans le Cantal.
Alors évidemment, il est important de sensibiliser les jeunes collégiens et lycéens, mais ça c’est une politique à long terme ! Et le Cantal et les cantalous n’ont pas le temps d’attendre !!!
C’est MAINTENANT qu’il faut des nouvelles entreprises qui créent des emplois pour retenir les actifs, c’est pas dans 3 ans, dans 5 ans et encore moins dans 10 ans !


Malgré la qualité de son travail, Demeter n’a pas pointé un gros avantage qu’a notre département : les gens qui le peuplent et qui en sont natifs sont terriblement chauvins, très fiers de leur région.
A titre d’exemple, l’autre jour, j’étais à Clermont-Ferrand pour une remise des prix du magazine l’Usine Nouvelle (les champions cachés de l’économie). Parmi les récipiendaires, se trouvaient les trois dynamiques fondateurs des magasins de jouets Teddy Toys, basés à Saint-Flour. Après avoir remercié le jury et parlé un peu de leur entreprise, ils commencent à quitter la scène, mais subitement Vincent Echegut se ravise, reprend le micro et tient à signaler qu’il est très heureux de voir deux autres entreprises cantaliennes récompensées (Piganiol et Interlab). Et il a rappelé son attachement à ce département du Cantal.
Quelques minutes après, un récipiendaire d’une entreprise pourtant basée dans le Puy de Dôme, a tenu à dire qu’il était lui aussi originaire du Cantal et qu’il était heureux lui aussi que les cantalous soient à l’honneur… Ca a amusé le public, mais PAS UN AUTRE département n’a été autant cité par les lauréats lors de cette soirée.


Bref, servons-nous de cet attachement au département ! Comment ? En leur proposant de s’investir dans le développement du département !


Le Conseil Général a un peu compris le truc, et a récemment mis en place une sorte de réseau d’entrepreneurs d’origine cantalienne (les « Ambassadeurs du Cantal »). C’est toujours utile de réseauter, mais on peut aller plus loin. Il y a dans ces entrepreneurs cantaliens des gens qui sont prêts à aider des porteurs de projets, et même à participer au financement !
Une preuve ? Mai 2000, nous cédons la majorité des actions de JeuxVideo.com. Je reçois un appel téléphonique d’un entrepreneur/investisseur clermontois qui me dit tout de go : « j’ai lu dans la Tribune que vous aviez vendu : quel dommage que l’entreprise ne reste pas auvergnate, nous aurions été plusieurs à vouloir participer à votre aventure… »
Edifiant, non ? 🙂


Donc, en gros, on ne manque pas de financement. J’ai la faiblesse de penser qu’on ne manque pas d’idées de business non plus (en tout cas, moi j’en ai 2-3 qui ne demanderaient qu’à mûrir, mais c’est le temps qu’il me manque pour cela).


Faisons en sorte de monter des projets de toute pièce :
– Brainstorming => rédaction d’un business plan avec des entrepreneurs expérimentés
– Réunissons des investisseurs qui sont prêts à investir ET parainer un porteur de projet compétent.
Et SEULEMENT ENSUITE, recherchons le porteur de projet qui convient. Et on lui file un bon pourcentage du capital de la boîte pour qu’il ne se sente pas simple « salarié ».


Et oui, il faut complètement revoir le processus de création. Puisque ce sont les porteurs de projet qui nous manquent, organisons la création d’entreprise autour d’eux. Apportons-leur directement des projets tout ficelés et prêts à développer !! Bâtissons des entreprises clés en main et cherchons les chefs d’entreprises de demain. Ceux-ci auront d’autant moins d’appréhension à franchir le pas qu’ils seront entourés par des anciens expérimentés et qu’on leur aura maché le travail (tout du moins au début).


Et puis fixons-nous ENFIN des objectifs chiffrés. Par exemple le lancement d’une dizaine de petites SARL avec un capital de 15.000 euros par exemple. Car ce sont des petits projets qui sont à notre portée !!

Arrêtons d’avoir une attitude attentiste, ayons une attitude dynamique et impulsons le mouvement. N’attendons pas la floraison spontanée d’entreprises!! Et puis, si on crée quelques petites structures dynamiques et performantes, il n’en sera que plus facile d’attirer les entrepreneurs extérieurs au département ! Créons le cercle vertueux de la croissance économique du département !  Comme disait Danton : « de l’audace, encore de l’audace toujours de l’audace » !!


J’attends vos réactions. je pressens déjà les objections, mais je prépare mes arguments ! ;-))

Commentaires

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  1. François Granger

    le 7 mars 2004

    Viens lancer des idées et réagir et faire réagir sur iGenerator http://www.igenerator.net. Ca pourrait être intéressant pour toi et pous ses membres. Et il y a des projets concernant l’Ile de ré qui doit avoir une problématique d’enclavement similaire ?

  2. Lightman

    le 7 mars 2004

    iGenerator, ça me paraît bien compliqué à utiliser, et bordélique pour s’y retrouver à vrai dire. 🙂
    T’as pas un lien direct vers les discussions sur l’Ile de Ré ? (j’ai eu beau chercher, j’ai rien vu)

  3. Pascal

    le 7 mars 2004

    Pas facile. Une entreprise naissante, c’est un projet pour 25% et un fondateur pour 75%. Et après le reste suit. Par contre, si tu arrives à créer un échosysteme local (business angels, avocats, clients locaux « spontanés » …) les choses bougent, les entrepreneurs se révèlent, regarde la région Nord. Essaye de créer un club de business angels, baptise le Cantal Création, ce serait un top début.

  4. Lightman

    le 7 mars 2004

    Pascal > La région Nord a une chance que nous n’avons pas ici : une densité de population importante et donc un nombre de porteurs de projets potentiels proportionnel à condition qu’on crée les conditions pour qu’ils passent à l’action. Ici, il faut qu’on « trouve » les créateurs de projet. Le Cantal c’est 150.000 habitants, pas plus.
    Merci en tout cas pour tes conseils d’autant plus précieux qu’ils émanent de quelqu’un du secteur, ce qui est évidemment très appréciable.

  5. La_Morrigane

    le 8 mars 2004

    C’est une idée ….. tu le penses vraiment ???

  6. Lightman

    le 8 mars 2004

    La_Morrigane> Noooonnn, c’était juste une connerie pour faire l’intéressant….. BIEN SUR QUE OUI, JE LE PENSE !!! 🙂

  7. La_Morrigane

    le 8 mars 2004

    je pense que l’on devrait arriver à réunir des personnes intéressées par ce projet…affaire à suivre alors !

  8. Philippe

    le 9 mars 2004

    Enorme challenge et excellente initiative. Pour info je suis tombé sur un reportage de France3 (vendredi dernier je crois) avec un interview du maire d’un petit village du cantal : « le seul investissement qui a été rentable jusqu a maintenant, c’est le cimetière ». Affreusement défaitiste dans son combat ! Des initiatives comme la tienne sont un rafraîchissement et j’espère que tu seras entendu ET supporté…
    Ton idée de trouver des entrepreneurs natifs et de les propulser par un réseau me semble excellente : retenir quelques entrepreneurs localement est primordial. L’attraction me parait plus difficile. Si on me propose un projet dans le Cantal, je n’y foncerai pas… Dernièrement, l’ex Pdt du conseil général du Lot et Garonne, François-Poncet et la chambre de commerce ont fait une campagne remarquable pour attirer des repreneurs/entrepreneurs dans le pays d’Agen : mais l’attractivité de la région et son enclavement ne sont pas les mêmes !

  9. Lightman

    le 9 mars 2004

    Merci Philippe pour tes encouragements! Ca m’énerve les gens qui sont défaitistes comme le maire que tu décris. Non seulement ça sert à rien de se lamenter, mais en plus c’est contre-productif, car ça décourage les gens qui s’investissent !! Alors ce maire, qu’il arrête de se répandre dans la presse ; vu son raisonnement, il a déjà mentalement les deux pieds dans son fameux cimetière ! 😉
    Concernant l’attractivité du Cantal, je serais plus nuancé. Evidemment, on n’arrivera jamais à attirer ici un parisien pure souche : il ne supporterait pas d’habiter ici. Par contre, il faut viser les « expatriés » ou les nombreuses personnes qui ont de la famille ici et qui viennent passer leurs vacances dans le Cantal (la station de ski de Super Lioran a fait le plein ces dernières semaines). Mais, c’est sûr que c’est un putaing de challenge d’attirer des gens ici ! 🙂

  10. Oud

    le 11 mars 2004

    >
    Et même plus 🙂
    Le maire en question est passé sur France 3 Auvergne, il a 73 ans et dirige la commune de Fau, 25 habitants.
    Le journal national de France 3 du vendredi 5 mars peut être consulté en ligne.
    C’est dans le même journal que l’on apprend que notre ligne aérienne va probalement se rompre en avril 2004 alors que le contrat a été dénoncé pour cet été et que la companie est candidate à sa propre succession.
    C’est pas avec des journaux nationaux comme ça que le Cantal va attirer du monde, ce genre de reportage va encore renforcer l’image qu’ont certaines personnes citadines d’un Cantal « peuplé de bouzeux ».
    Je suis cantaloux et fier de l’être mais il est vrai que le Cantal n’a pas que des qualités loin de la.
    Je cherche désespéremment un centre CNAM, et si je souhaite me former, il ne me reste que la solution de changer de département voire de région pour suivre des cours, super …
    Quand à la formation du cnam à distance, pourquoi pas puisque internet pourrait être un facteur de développement de notre département, mais je n’ai pas encore trouvé un centre CNAM à distance qui tienne la route.
    Donc si un étudiant quitte le département, ou même la région pour se former, il a peu de chance de revenir pour travailler …
    Enfin, c’est mon avis. 🙂

  11. luccio

    le 29 mars 2004

    Oui au risque de passer pour ringard,arriéré,aveugle ou autres termes élogieux-je voudrais simplement vous dire que j’aimerais continuer à vivre dans le Cantal avec une telle qualité de vie,de pouvoir respirer lorsque je me lève le matin un air excempt de vapeurs toxiques émanants de nos chères entreprises pourvoyeuses d’emploi-d’avoir le droit de mettre 10 minutes pour aller à mon lieu de travail sans le multiplier par 2 voire 3;tout ce que vous dites ou souhaiter est certainement vrai mais moi j’aimerais continuer à vivre dans un tel environnement,merci de respecter mon choix même si cela devient par les temps qui courent de plus en plus utopique.