Ma pré-acclimatation

Le 6 février 2020

Pendant que je vous écris, je regarde L’EquipeTV. Avant, je pestais contre les programmes diffusées par cette chaîne de la TNT au budget riquiqui. Je m’insurgeais contre l’absence des plus grands événements sportifs, j’insultais les pauvres journalistes qui commentaient en les mimant des images de foot invisibles parce que la chaîne n’a pas les moyens d’en acquitter les droits. Je pestais enfin contre le sport le plus représenté sur cette chaîne sportive, mais dont le piètre côté spectaculaire et la fréquente bedaine des pratiquants confinent au ridicule. Je veux parler du cousin méridional du curling : la pétanque.

Quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, quand vous vous branchez sur la chaîne L’Equipe, vous avez de bonnes chances de tomber sur une partie de boules. De pétanque, hein. On ne ratera rien du « Mondial La Marseillaise à Pétanque » : curieuse expression dont je n’ai pas réussi à définir le sens, comme si les organisateurs s’étaient trompés dans l’ordre des mots, et puis s’étaient dit que ça ferait bien, que tout le monde comprendrait quand même. Comme un mauvais élève qui sèche sur un mot inconnu dans une dictée et s’attache à retranscrire en gros la phonétique.
On aura droit également à la retransmission des phases finales du FIPEM – rien à voir avec le MIDEM de Cannes – qui est le « Festival International de Pétanque Evénement de Millau » ! Et vous aurez même le loisir de vous ennuyer sur des événements boulistes moins connus, tels que le « Trophée L’équipe » – bien pratique pour acquérir les droits de diffusion – ou toutes les compétitions du circuit PPF : Passion Pétanque Française (sic).

Au début, je riais sournoisement des idiots qui regardaient à la télé ce sport si peu télégénique… Et finalement je m’y suis mis moi aussi. Pas par passion subite, mais par calcul. Le visionnage de nombreuses parties de pétanque, l’assimilation des règles, l’étude du jargon bouliste, l’apprentissage des mimiques et autres expressions marseillaises font en effet partie de ma stratégie d’acclimatation à la Provence.
Du coup, je suis le téléspectateur le plus assidu de L’EquipeTV. C’est bien simple, je reste connecté dessus toute la journée. Tout juste m’autorisé-je, quand survient un match de catch, à zapper sur OMTV pour ne pas perdre l’esprit.

Je commence ainsi le matin, juste après avoir conduit Jade à l’école. Je rentre à la maison et m’installe confortablement devant la finale masculine en triplettes. Je me verse deux Pastis dans des grands verres 51. J’en bois deux pour me conformer à cette injonction de Fernandel, ce philosophe provençal mésestimé : « Le pastis, c’est comme les seins : un, c’est pas assez, et trois, c’est trop ».
Attention, je bois seulement du véritable Pastis de Marseille, celui qui titre 45° et une concentration d’anéthol de deux grammes par litre. Et j’y ajoute tout juste un peu d’eau pour ne pas le noyer. Là, je ferme les yeux, et je me laisse aller, le fameux lâcher-prise. Très vite, je me vois à L’Estaque. Je suis en face de la mer, et j’entends les minots qui jouent au soleil avec leur accent de mini-Marcel-Pagnol. Et je peux même sentir l’odeur des panisses qu’on fait frire pour midi dans la guitoune juste à côté…

Après quelques jours de cette expérience, j’ai réalisé que je serais encore plus immergé dans mon sujet en coupant le son de la télé. A la place, en bande-son, j’ai trouvé deux heures de chants de cigales sur Youtube. C’est formidable le progrès. Je n’ai pas encore été au bout des deux heures, car après 10 minutes de cris stridents des cigales youtubeuses, m’est venu un mal de crâne carabiné, aussi je ne vous les conseille qu’à dose homéopathique. Si vous voulez faire l’expérience c’est ici.
Allez, j’y retourne !