Le temps qu'il fait, celui qui passe...

Le 16 novembre 2020

Cette région est formidable. En cette saison réputée pluvieuse partout ailleurs, ici il pleut une nuit et le lendemain le soleil est à nouveau là. Si un jour on est capable de réguler artificiellement le climat, et qu’il n’y a pas d’autres considérations que le bien-être, je pense qu’on se calera sur ce rythme : une nuit de pluie, quinze jours de beau. Le soleil ici m’est devenu sinon banal, au moins un compagnon quotidien. L’habitude est plaisante à prendre. Et je comprends mieux naturellement pourquoi les sudistes vivent beaucoup plus dehors, et probablement par voie de conséquence sont plus expansifs que dans d’autres régions, notamment celles de montagne où les habitants sont plus méfiants et réservés.
Saviez-vous que l’on appelle les habitants des Bouches-du-Rhône, les bucco-rhodaniens ? Une expression un peu laide probablement inventée par un dentiste surmené. Comme tous mes compatriotes bucco-rhodaniens, je commence à être bougon après la deuxième journée consécutive de temps gris, et je déprime sévèrement s’il y en a une troisième. Quand je reviendrai dans le Cantal, je vais être difficile à supporter.

J’ai reçu hier – merci Béatrice – une vieille photographie prise lors d’un voyage scolaire de 1959 ou 1960. Sur cette photo, on aperçoit devant un vieux bus Ogorek arrondi, les élèves des écoles de la commune de Sainte-Anastasie (15) accompagnés par leurs parents. On peut distinguer les Chassang, mes grands-parents maternels. Guillaume, la trentaine épanouie, en impose avec sa chemise blanche et son costume-cravate sombre. En tant que facteur, il était une personnalité du village, situé dans le classement des notables juste après le curé, le maire et l’instituteur, mais quand même devant le garde-champêtre. Derrière lui, on aperçoit ma grand-mère Raymonde, joyeuse, dans ses bras le petit Pierre, mon oncle. Au deuxième rang, la tête enveloppée dans un foulard blanc, on croyait voir le large sourire de ma mère quand elle avait huit ou neuf ans. J’ai montré la photo à Jade, qui ne m’a d’abord pas cru. On a du mal à se rappeler que les septuagénaires de 2020 ont aussi été les bambins des écoles primaires d’après-guerre. Que Mamie Françou ait pu, un jour, avoir 8 ans, ça a sidéré ma fille.

Je suis en train de terminer 1984 d’Orwell. Le roman est assez perturbant, cette société où tout le monde ment et espionne l’autre, où l’on ne peut se fier à personne, même pas sa famille. Au point de ma lecture, le héros subit des séances de torture par l’une des seules personnes auxquelles il avait pu se fier, et qui l’a délibérément trahi.
Je crois qu’il est temps que je passe à des écrits plus joyeux. Comme je l’imaginais, j’ai trouvé quelques parallèles entre cette dystopie et notre monde actuel. En particulier dans la propagande du Ministère de la Vérité, il existe un concept de Double Pense (dans certaines traductions « double pensée »). C’est la capacité du régime à revendiquer un point de vue, tout en affirmant exactement le point de vue opposé et en soutenant que les deux thèses sont également vraies. L’objectif est de mettre en vieille tout esprit critique. Tout cela m’a fait penser au « en même temps » de LREM. Etre de gauche et en même temps de droite, etc… Dans 1984, le régime utilise le Double Pense car la synthèse des opposés serait le plus sûr moyen de se maintenir longtemps au pouvoir. Nous voilà prévenus pour 2022…

Mise à jour du 19/11/20 : Voici une nouvelle photo exhumée des archives des mes grands-parents, quasi identique à la précédente, et qui a permis l’identification formelle de ma mère, qui serait plutôt la fillette brune et boudeuse qui était cachée sur le premier cliché. Cf ci-dessous

Commentaires

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  1. arnaud lajarrige

    le 22 novembre 2020

    Bonjour,
    Je vois que le climat du sud a rapidement mis la main sur le caractère du haut-auvergnat…
    Ton texte me rappelle des écrits d’Alexandre Vialatte comparant l’Auvergne (« l’Auvergne est notre dernier réservoir de fraîcheur ») et le Midi:
    Pour Vialatte, « l’Auvergne n’est jamais que promesse; elle est tourment, elle est inspiration, départ et non pas arrivée. » alors qu’ « Il n’y a que le Sud qui tienne ses promesses. »
    Ou encore « Elle laisse toujours sur un secret, sur une envie. » et « le Midi ne demande à l’homme que d’être. »
    Sur ces pensées, je vous souhaite une bonne fin de semaine.

  2. lightman

    le 25 novembre 2020

    Salut Arnaud, ravi de ton passage ici ! Merci pour ces jolis mots de Vialatte, un auteur qu’il me reste à découvrir (si l’on excepte les nombreuses citations de lui que j’ai pu lire ici ou là dans La Montagne…)
    Bonne fin de semaine également