La lecture, Zeniter, Orwell

Le 13 novembre 2020

Heureusement qu’il y a la lecture. Car si les libraires sont toujours malheureusement fermés, on peut quand même encore se procurer des livres. J’ai bien essayé par acte de patriotisme d’en acheter via les héroïques plates-formes des librairies indépendantes, sans succès. Il faut un sacré courage pour passer la barrière de l’amateurisme technique et commander sur ces boutiques en ligne à l’ergonomie des années 90. Je voulais me procurer trois bouquins, mais à chaque fois, on me proposait trois fournisseurs différents ! Je veux bien être patriote, mais n’avais pas prévu d’effectuer une tournée régionale des vendeurs de livres pour m’approvisionner. Après quinze minutes d’obstination forcenée, j’ai rendu les armes. Direction Amazon, commande des trois ouvrages en stock en moins d’une minute, livraison à la maison 24h plus tard. Oui, je sais c’est mal. Mais on est bien obligés de constater qu’en dehors d’Amazon et de quelques boutiques, la plus crédible étant bien sûr Fnac.com, il n’y a quasiment pas de concurrents au monopole américain sur la vente de livres en ligne en France. Les vieux briscards comme moi se rappelleront avec émotion d’Alapage.com, le pionnier français qu’avait racheté Orange, et qui était implanté depuis plusieurs années lorsque la firme de Bezos est arrivé dans l’hexagone pour le crucifier. Les plus pointus se rappelleront peut-être aussi de l’éphémère bol.fr…

Heureusement qu’on a encore la lecture pour nous élever un peu. J’ai terminé ce matin le formidable roman contemporain d’Alice Zeniter, « Comme un Empire dans un Empire » . C’est l’histoire de deux destins croisés, celle de l’assistant parlementaire d’un député PS après la débâcle de 2017, et d’une hackeuse white hat attachante mais complètement désocialisée. L’ouvrage pose la question de l’engagement politique, sous quelles formes, pour quels buts. La plume est presque magique, la thématique était parfaite pour moi. J’ai beaucoup aimé, mais je ne sais pas si un autre roman du même auteur saurait autant me passionner.

A la suite, sans autre transition qu’une verveine-menthe tiède et deux biscuits Spéculoos, direction le volume 651 de la Bibliothèque de la Pléiade, avec George Orwell et son oeuvre majeure Mil Neuf Cent Quatre-Vingt-Quatre. Une lecture de circonstances. J’avais vu quelques bribes du film que j’avais trouvé triste et soporifique. Et comme la plupart des gens qui y font référence, je ne l’avais pas lu, ou alors simplement quelques miettes et articles de presse, mais jamais l’oeuvre intégrale. Ce confinement, c’était le moment ou jamais.
Je viens seulement de l’entamer et déjà j’y ai vu quelques parallèles possibles entre le roman visionnaire et la période de confinement autoritaire que nous vivons. Tenez, par exemple, le slogan du Parti au pouvoir dans la société de surveillance généralisée de 1984 : « Guerre est Paix, Liberté est Esclavage, Ignorance est Puissance« .
– La guerre, nous y sommes, « une guerre sanitaire » a dit Macron en mars
– La liberté, voyez ce qu’il en reste.
– L’ignorance avec les tombereaux de bêtises déversés par les réseaux sociaux…
Mais je n’en suis qu’au début, et j’ai bien peur que des parallèles, je puisse en trouver à chaque chapitre.

Certains me demandent des nouvelles de mon projet d’écriture. Celui-ci est au point mort. Difficile de se mobiliser dans de pareilles circonstances. Je note d’ailleurs que si le premier confinement avait suscité l’inspiration de nombreux journalistes, commentateurs, chroniqueurs, éditorialistes ou même parfois véritables écrivains, cette fois-ci, l’attrait de l’insolite et de la nouveauté n’est plus là. Le confinement est devenu tristement banal, et probablement même plus digne d’être raconté. Bref, c’est l’ennui absolu, que je préfère tuer avec des lectures supposément intelligentes plutôt qu’avec des films. Vous allez me dire que ce n’est pas forcément antinomique. J’en reste pourtant au seul visionnage de deux ou trois films hebdomadaires avec Jade, sélectionnés avec soin afin de lui faire découvrir quelques perles du cinéma, celui de ma jeunesse en particulier. Elle semble beaucoup moins attirée par la lecture comme j’avais pu l’être à son âge, c’est dommage. Enfin, elle peut encore changer d’avis. A force de voir des bouquins partout à la maison, elle va bien finir par en ouvrir quelques-uns, je veux dire d’elle-même, spontanément, juste pour le plaisir de lire.

Au-delà de la lecture, ce sont la difficulté, l’effort, le goût du challenge, la complexité qu’il faudrait promouvoir. Lire un livre, ce n’est pas comme aller voir son adaptation au cinéma. La lecture d’un essai ce n’est pas comme visionner un documentaire de la même thématique. Sans lecture, il n’y a tout simplement pas de complexité, pas de langage soutenu, pas de pensée complexe, rien de grand en fait.
Aux ados qui trouvent que la lecture, c’est chiant, il faudrait répondre que c’est surtout exigeant. Ca demande un gros effort à notre cerveau d’homo sapiens. C’est beaucoup plus exigeant que les autres loisirs, mais en contrepartie, la lecture vous offre le meilleur moyen de vous cultiver sur tous les sujets. La télé et les jeux vidéo ne vous emmèneront pas très loin, ils sont du pur divertissement, il ne faut pas en attendre autre chose. La lecture en revanche est le principal moteur de la culture et de l’ascension sociale.

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