Rouvrez les librairies !

Le 17 novembre 2020

Il est beau ce combat d’Alexandre Jardin, de Didier Van Cauwelaert et de tous les autres auteurs pour faire rouvrir les librairies malgré le covid, ou plutôt malgré l’obstination du gouvernement. Il y a du panache, de l’éclat, de la grandeur dans ce mouvement-là. Pourquoi ne pas opter pour un peu de grandeur en cette année anniversaire du grand Charles ? De Gaulle avait une très haute opinion de notre pays ; il écrivait en introduction de ses Mémoires de guerre :

« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. […] Le côté positif de mon esprit me convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ; que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays, tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur. »

Ce combat pour le livre, donc pour la connaissance, pour la culture n’est pas futile, il est au contraire absolument essentiel dans l’idée que l’on se fait de notre pays et des ambitions que les gouvernants ont pour lui. Comment le pays de Voltaire, Rousseau, Hugo, Stendhal, Zola, Camus ou Montaigne peut-il imposer la fermeture des librairies ? Si un seul pays au monde devait conserver accessibles ses livres, c’est le nôtre, le pays des Lumières, l’incubateur de 15 prix Nobel de littérature, un record !

Ce mouvement en faveur des librairies, c’est un ardent rayon de soleil dans ce monde assez détestable qui nous entoure et nous enserre depuis mars. C’est un peu comme l’orchestre du Titanic qui continua à jouer jusqu’au bout du naufrage. Ses musiciens n’étaient pas fous ou stupides, mais ils avaient une haute opinion de leur devoir, et nul événement ne les ferait dévier de leur tâche. Comme le dernier carré de la Vieille Garde qui à Waterloo, malgré la défaite inéluctable, refusa de se rendre. C’est cela la grandeur d’une nation. La beauté du geste, le symbole, l’exemple, sont essentiels.

De nos jours, on ne va guère jusqu’au sacrifice suprême, mais la grandeur peut rester un objectif. Les libraires ne sont pas des héros, mais leur mission est noble et va bien au-delà d’un simple commerce. Ce mouvement de soutien est admirable et tranche avec la médiocrité ambiante qui place comme horizon indépassable la lutte contre l’engorgement de nos hôpitaux. « Quoi qu’il en coûte » a dit Macron. Quelle ânerie ! Il va nous en coûter des centaines de libraires, de petits commerces, et l’honneur perdu d’une nation qui jadis n’avait pas peur de son identité, et de montrer la voie à suivre au monde entier. Aujourd’hui nous sommes gouvernés par une bande de Playmobil pétochards qui ont troqué la grandeur pour l’arrogance, et doivent faire se retourner le général dans sa tombe de Colombey.

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