La mini-série sur Bill Gates

Le 25 septembre 2019

Mon sentiment vis-à-vis de Bill Gates a toujours été mitigé. Pendant très longtemps, j’ai détesté Microsoft. D’abord parce que la firme de Redmond a détruit la micro-informatique des années 80. Car le PC n’a pas toujours été hégémonique, une ribambelle de micro-ordinateurs familiaux équipaient autrefois les foyers de la classe moyenne des pays développés. Et certains d’entre eux étaient beaucoup plus avancés que le PC dans bien des domaines. Je me rappelle de ma stupéfaction lorsque, pour la première fois, j’ai formaté une disquette sur un PC, ce qui eut pour effet de figer la machine pendant deux minutes, alors que la même opération se déroulait en tâche de fond sur mon vieil Amiga 500, me permettant de continuer à vaquer à mes occupations. De même, les instructions du MS-DOS étaient incroyablement simplistes et préhistoriques comparativement au shell Amiga dérivé d’Unix. Sans parler des premières versions de Windows tellement mal foutues qu’elles en étaient quasi-inutilisables…

Pour résumer, avec la complicité d’IBM, Microsoft a progressivement sorti du marché tous les petits constructeurs informatiques, jusqu’à obtenir une situation de monopole : plus de 98% de parts de marché des systèmes d’exploitation. Quelques années après, avec l’avènement du web, Gates a retenté le coup : il a voulu imposer son navigateur Internet Explorer comme porte d’entrée du web, ruinant ainsi très vite la société Netscape qui disposait pourtant d’une solution bien plus élégante. Ce qui a par la suite valu à Microsoft un retentissant procès antitrust pour abus de position dominante.

Microsoft et son PDG-fondateur Bill Gates se comportaient comme des prédateurs. Mais peut-on vraiment devenir l’homme le plus puissant et fortuné au monde sans avoir un minimum d’envie de devenir « le plus riche du cimetière », selon l’expression de Steve Jobs ? Si je détestais le monopole de Microsoft, je n’en éprouvais pas moins une certaine fascination pour ce personnage de geek binoclard supérieurement intelligent, et sa réussite époustouflante. Une réussite que chacun connait ; j’avais lu son livre La Route du Futur paru en 1995, et récemment Les Innovateurs de Walter Isaacson.

Mais ce n’est pas tellement pour raconter la réussite de Microsoft que Netflix vient de sortir Dans le cerveau de Bill Gates, une mini-série dont la première saison est composée de trois épisodes de 50 minutes. Le but que s’est fixé le réalisateur est surtout d’expliquer les combats que Bill Gates mène aujourd’hui, avec son épouse Melinda, notamment par le biais de leur fondation philanthropique.

Chacun des trois épisodes détaille un des combats de Gates. Le premier traite du secteur de l’assainissement. Suite à la lecture d’un article dans le New York Times, Gates s’est mis en tête de dépenser son argent pour mettre un terme à la contamination de l’eau potable dans le monde, laquelle engendre selon l’OMS plus de 800 000 décès chaque année.
L’épisode 2 nous emmène au coeur du projet de la fondation Bill & Melinda Gates : l’éradication totale de la poliomyélite, maladie invalidante terrible pour les enfants, qui a progressivement disparue d’occident suite à la découverte d’un vaccin dans les années 50, mais toujours active dans les pays moins développés. En 2018, après des années d’actions, seulement 33 nouveaux cas dans le monde ont été recensés – contre 350.000 malades en 1988 – laissant espérer une éradication totale prochaine.
Enfin, le dernier épisode est sans doute le plus intéressant, on y suit Gates au sein de sa société TerraPower dont l’objectif est de lutter contre le réchauffement climatique en produisant des réacteurs nucléaires à onde progressive, qui utilisent comme combustible de l’uranium appauvri issu de déchets nucléaires. Ces réacteurs seraient en outre d’une sûreté drastiquement renforcée puisque leur refroidissement s’effectuerait de façon passive. Un projet passionnant mais qui se heurte actuellement à la guerre commerciale que livre Trump à la Chine, dans laquelle Gates avait prévu de construire son premier prototype…

Certes le ton de ces documentaires frôle parfois l’hagiographie. Seuls les amis de Gates sont interrogés, et le journaliste ne pousse jamais le milliardaire dans ses retranchements. Toutefois, même si je reste très critique à l’égard des volontés hégémoniques passées de Gates, ce qu’il fait aujourd’hui avec ses milliards, et ceux de ses amis comme Warren Buffet, me semble tout à fait exemplaire. En cela, il faut bien reconnaître que les magnats américains sont souvent plus vertueux que les européens.