Delerm à la plage

Le 19 août 2019

Philippe Delerm est l’écrivain des plaisirs minuscules. Il a un don pour saisir ces petits moments de la vie quotidienne, les décrire avec une rare poésie, et partager ainsi ses émotions mélancoliques avec un lectorat qui s’est démultiplié depuis la publication de sa « Première gorgée de bière ».

Ces vacances, j’ai lu Delerm à la plage, « Les eaux troubles du mojito ». La lecture à la plage, c’est une performance de concentration, les occasions de distractions sont si nombreuses. C’est aussi une performance physique. Mais on n’a pas le choix. Parce que très vite, à la plage, soit on s’emmerde, soit on lit. Et dans ce cas, on a forcément mal au dos. Alors on tente toutes les positions imaginables : assis en tailleur, couché sur le ventre les coudes plantés dans la fouta, couché sur le dos en tenant le livre à bout de bras comme un pare-soleil, sur un côté, sur l’autre, puis à nouveau assis. Cet été, j’ai réglé définitivement la question le jour où j’ai emporté avec moi – un peu honteusement il est vrai – un petit siège de plage, que les gens n’utilisent généralement pas avant l’âge de la retraite. J’avais renoncé à toute fierté.

Delerm avec ses sujets courts se prête bien à une lecture de plage, sans cesse interrompue. Un chapitre formidable sur le Guignolet, un autre sur le banquet final des aventures d’Astérix.
Il fait beau, un peu chaud. Est-ce que je vais me tremper les pieds tout de suite ou j’attends un peu ? Grand dilemme. On continue par Venise, et les cadenas du Pont des Arts…
Un coup d’oeil sur les gosses appliqués qui font des châteaux juste à côté.
Deux pages sur La Marque Jaune, deux autres sur le tango, et deux sur les pianos des halls de gare…
Coup d’oeil à droite, pas mal les deux voisines qui installent leurs serviettes à proximité. On reprend avec la grève SNCF (!) et le Spritz Aperol ou Campari…
Un peu de vent, et quelques grains de sable qui s’inscrustent entre les pages du Delerm. On dirait que la tramontane se lève, principal ennemi des lecteurs de plages languedociennes, si l’on excepte les vendeurs ambulants qui hurlent. « Beignets ! Beignets soleil, une saveur sans pareil, à la pomme au chooocolaaaat ! »

J’aime lire Delerm à la plage, c’est un double plaisir simple, c’est fromage ET dessert, Roquefort ET Banana Split. C’est presque trop. C’est en tous cas un plaisir minuscule qui mériterait lui aussi de figurer dans un prochain Delerm, dans une sorte de mise en abyme estivale joyeuse.

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