Mocassins

Le 23 septembre 2020

Je revenais gaiement de ma journée de visite vauclusienne, le volant ponctuellement maintenu par le seul index de la main droite, profitant de l’étonnant système LKA (Lane Keeping Assist), premier pas prometteur vers une future voiture à la conduite automatisée. Le paysage de l’A8 défilait latéralement selon un scrolling différentiel d’une fluidité insolente sur une profondeur d’au moins une dizaine de plans de garrigue et de ciel cotonneux. Je m’égosillais sur le vieux tube légendaire Moonlight Shadow. Je chantais la voix suave de Maggie Reilly, je chantais le solo de guitare mythique, et je chantais même la batterie. J’échouais cependant à reproduire la basse, trop imbriquée dans les autres instruments. Mike Oldfield a composé ce morceau quand j’avais dix ans, l’âge de ma fille aujourd’hui. Je me demande s’il lui restera en tête quelques tubes de 2020 comme moi certains morceaux de 1983. Je n’ai pas l’impression lorsque par inadvertance certaines productions actuelles arrivent à mes oreilles.

A cet instant, je ne sais pas comment, peut-être une micro-coupure électrique dans mon cerveau, me sont revenues en mémoire des images d’enfance. Des souvenirs muets, de paisibles lectures de CE2 le soir avant de m’endormir, mon magazine préféré entre les mains : Fripounet. Mes parents m’avaient abonné plusieurs années à cet hebdomadaire vaguement catho dont je dévorais chaque recoin, ours et bulletin d’abonnement inclus. Dans Fripounet il y avait des bandes-dessinées humoristiques comme Sylvain et Sylvette dont j’aimais les dessins caricaturalement arrondis. Il y avait aussi Moky et Poupy, des histoires d’indiens d’Amérique. C’est grâce à un numéro de Fripounet que j’ai découvert un beau jour que les chaussures portées par les indiens s’appelaient des « mocassins ». Aujourd’hui avec le recul, je me demande bien comment on a pu utiliser le même mot pour les mocassins à glands inconfortables des élégants ringards efféminés – rayez l’adjectif inutile – , et les chaussures en cuir de bison des redoutables guerriers de Geronimo ou Sitting Bull ? J’aurais dû faire une fac de philo pour être en mesure de répondre à ce genre de questions essentielles. Mais, à défaut et parce que Google est mon ami, j’ai pu trouver un article de GQ qui m’a grandement éclairé sur ce sujet. Son titre était d’ailleurs prometteur : « Pourquoi les glands ont-ils si mauvaise réputation ? ». J’y ai appris que cette image ringarde était imputable au président américain Ronald Reagan qui lors de sa première campagne victorieuse en 1980 s’était écrié « Ces bourgeois à mocassins à glands sont toujours de sales perdants ». Belle punch line. Dommage que Twitter n’ait pas existé 25 ans plus tôt, Reagan se serait éclaté au moins autant que Trump.

Bon on rigole on rigole, mais pendant ce temps, Jade comme tous les élèves de 6ème, passe des évaluations nationales en maths et en français, lesquelles permettent aux enseignants d’avoir une photographie précise des connaissances acquises par les tout nouveaux collégiens dans ces deux matières. On peut aussi imaginer que ces deux épreuves, non comptabilisées dans la moyenne, permettent au ministère de suivre la baisse l’évolution du niveau au fil des scolarités, mais aussi d’observer les disparités entre académies, villes ou établissements.
Cette année, les résultats de ces tests seront probablement très attendus et comparés à ceux des années précédentes, afin de mesurer les effets du covid sur le niveau des sixièmes. Car on ne peut pas penser que six mois d’interruption des cours n’ont pas eu d’impact.
En tous cas, je trouve que ces deux épreuves sans pression de la notation, sont un bon outil, y compris pour les parents, afin de repérer des lacunes et d’y remédier au mieux.

Je ne peux pas terminer cette note sans vous communiquer ma joie lorsque j’ai découvert que Houellebecq allait publier un nouveau livre, un recueil de textes pour partie déjà publiés ici ou là, dans lesquels il s’exprime sur des sujets d’actualité, sur la politique, sur la littérature. Ca s’appelle Interventions 2020, et ça paraît le 7 octobre. Seront mis en vente 14.000 exemplaires, ce qui est ridiculement faible par rapport aux tirages habituels de ses romans – le tirage initial de Sérotonine était de 320.000 exemplaires.
J’ai passé pré-commande, non sans me demander si Houellebecq portait des mocassins à glands.

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