Du bruit dans le Landerneau
Oui, j’ai déjà attaqué une nouvelle lecture. Cette fois je retrouve le français, mais c’est toujours d’économie dont il s’agit, avec le livre d’entretien publié tout récemment par le patron le plus apprécié des français : Michel-Edouard Leclerc, patron des centres E. Leclerc, et fils du fondateur Edouard Leclerc.
Voilà une histoire qu’elle est belle ! C’est l’histoire d’un breton de l’après-guerre, ancien séminariste, qui décide d’ouvrir une épicerie dans son Landerneau et de vendre aux prix les plus bas quitte à court-circuiter les grossistes et les intermédiaires…
Rapidement, pour avoir un plus fort pouvoir de négociation, il se groupe avec d’autres commerçants qui comme lui adoptent la même démarche de prix bas… Les magasins grandissent, le groupement s’étend, et c’est comme ça qu’en quelques décennies, le père Leclerc, épaulé depuis les années 80 par son rejeton, ont bâti l’un des 3 ou 4 réseaux de distribution les plus importants de France.
Au-delà de la trajectoire de la famille Leclerc (il existe des entreprises de dimension similaire), c’est leur objectif qui est intéressant. Une certain forme d’humanisme et d’idéal : l’objectif pour eux semble moins la rentabilité de leur entreprise que de faire ce qui leur semble bon pour leurs clients, bon pour leurs salariés, ou même bon pour les gens en général… Sans oublier de « bien faire le métier » selon l’expression que m’avait confié un jour Gérard Guillemot (un autre breton, l’un des fondateurs d’Ubi Soft)…
C’est quelque chose qui transparaît chez les Leclerc :
– S’ils veulent baisser les prix de leurs fournisseurs, c’est avant tout pour en faire bénéficier leurs clients
– S’ils choisissent d’avoir un groupement de magasins sous statut associatif, c’est objectivement parce que leur but principal n’est pas le profit, sinon ils auraient mis en place un vrai groupe avec un système de franchise ou alors ils auraient carrément acheté les magasins… Je rappelle que Leclerc est salarié, les magasins ne lui appartiennent pas.
– Lorsque Michel-Edouard Leclerc a décidé il y a quelques années de supprimer les sacs en plastique des centres E. Leclerc, je suis persuadé que c’était moins pour une question d’image que parce qu’il avait pris conscience que les sacs en plastique était une des pires pollutions actuelles pour la nature… Cette action citoyenne n’a pas encore fait école auprès de ses concurrents, mais ça ne saurait tarder, vous verrez…
– Si Leclerc s’est battu pour monter des stations essence dans les supermarchés de son groupement, c’est avant tout pour mettre un coup d’arrêt à la fixation des prix de l’essence par l’état, afin qu’une baisse puisse bénéficier au consommateur…
Bref, il y a des accents d’humanisme et de sincérité chez Edouard Leclerc et son fils qui forcent mon admiration.
Morceau choisi (page 57) :
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…Emmaüs, l’abbé Pierre, les banques alimentaires ou les Restos du Coeur ont désormais organisé une répartition des aides. J’admire les hommes qui font don de leur disponibilité pour les plus pauvres. Je reste convaincu, depuis longtemps, que c’est la finalité de l’action économique qui doit changer. De ce point de vue, vous avez raison de le rappeler, je ressens comme mon père cette culpabilité des chrétiens taraudés par l’injuste répartition des richesses, mais surtout, la volonté de partager le festin, sous forme de redistribution du pouvoir d’achat.
Pour nous, la distribution est un acte éminemment social avant d’être un métier. Il est probable que, par ce viais, nous nous achetons une conduite (on ne sort pas indemne du séminaire). Mais, c’est la mission que nous nous sommes fixée.
]]
J’vous laisse, je vais poursuivre, c’est passionnant à lire. C’est écrit par le journaliste Yannick Le Bourdonnec, breton aussi, comme son nom l’indique 🙂
Ah oui, quand même un lien pour acheter ce bouquin dont le titre est : Du Bruit dans le Landerneau










La_Morrigane
le 27 février 2004Merci pour ce post.
Il est vrai que moi même lorsque je peux profiter d’une apparition télévisuelle ou radiophonique de M-E Leclerc et bien là, je ne zappe pas ! Je pense que c’est un homme qui connait bien l’environnement économique de la grande distribution (il n’est pas là par hazard) et qui (certainement sa plus grande qualité) semble avoir les mêmes valeurs sociales que ces clients. Je me dis « enfin un qui ne considère pas son client comme « une vache à lait » » (pour rester dans l’esprit cantalou !).
Je fais le parrallèle avec l’un de tes précédents posts puisque M-E Leclerc avait été intérrogé sur France Inter au sujet du commerce équitable. S’il avait avoué qu’effectivement la majorité des centres Leclerc n’avaient pas de rayons dédiés, ils y en avaient quelques-uns et que justement, ils allaient s’attacher à faire des efforts dans ce sens… Il en avait profiter pour aborder les relations qu’ils avaient avec les producteurs locaux …
Sinon, en tant que cliente des centres Leclerc, j’apprécie le système de carte où l’on cumule des points, non pas pour avoir la superbe poële dont on n’a jamais révé (cf : Atac, Géant) mais plutot pour réduire la note des courses hebdomadaires ! Cumuler quelques euros de réduction pour les courses de la fois suivante, m’incite fortement à retourner chez Leclerc la semaine d’après (plutot bien vu non ?). D’ailleurs autant j’ai perdu les deux cartes des magasins précédemment cités (je vais quand même pas faire de la pub deux fois ;-)) autant celle de Leclerc, je l’a garde précieusement à côté de ma CB !
Sinon pour les sacs plastiques, effectivement, c’est une bonne action écolo, mais je pense que cela réduit quand même les charges des magasins et que cela augmente par contre le crédit. En mauvaise ménagère que je suis, j’oublie toujours les sacs de la fois d’avant et je pense que nombreux, nombreuses en font de même ! Ah quand les sacs en papier ???
Voilou
Steack
le 27 février 2004C’est de l’humour?
Parce qu’il n’y a là aucun humanisme.
Les caissières chez Leclerq sont aussi mal payées qu’ailleurs.
Les employés chez Leclerq sont obligés de faire des heures supplémentaires qui, parfois, ne sont pas payées.
Si les prix sont parfois bas, c’est parce que le producteur aura été obligé de faire des remises ruineuses pour lui mais qui feront les bénéfices de Leclerq.
Bref, pas d’humanisme, du cynisme et de la saloperie. Du capitalisme à l’état brut.
Et je ne suis pas un gauchiste de chez Arlette.
Canna
le 28 février 2004Chuis un peu dans le meme avis ke Steak, il ne faut pas croire ke cet homme se souci à 100% de tout le petit monde uqi gravite autour de Leclerc, ke se soit client, fournisseurs, employés….
Les prix chez Leclerc ne sont pas les plus bas du marché, il se fait quand meme de la marge… Donc aucun problème pour puvoir faire cette fameuse carte leclerc. Le concept est sympa, c’est appater le client, ça marche certes !
les sachets, c’est un bon geste écolo,mais derrière faut pas se leurrer non plus, un euro par ci un euro par là a chake sachet vendus ça rapporte !
Celà dis, ils font attention à leur client.
Pour les fournisseurs, c’est super : ils font pressions dessus car ils savent qu’ils représentent un C.A important chez ce dernier, alors ils lui font baisser ses prix au max. Le fournisseur veut pas ? tant pis ils en trouvent un autre et jette ainsi le précédent aux oubliettes !
et aussi, une chose oubliée là, vous avez vu les consékences pour les commerces lorsqu’un Leclerc s’implante dans une zone ?
Les petits commerces, nos bons vieux artisans, mettent la clé sous la porte ! et voilà des entreprises détruits au profit de Leclerc. Oui oui je sais c’est la dure loi de la concurrence, blablabla…
Mais ton Leclerc est loin d’être un homme du peuple Light. Il suffit de s’immiscer un peu dans leur magasin pour le voir ! La politike intérieure est rude, les employés pas assez payé comme l’a dit Steack, sans oublier certains ki ont des salles de repos, des bureaux déplorables, ou règne une chaleur insoutenable.
L’histoire est belle, certes !
Jack
le 29 février 2004Urgent mais HS ! Cola s’est fait hacker ! Vite le kalipsy est erazzé !
Lightman
le 1 mars 2004Concernant la polémique des sacs plastiques : si c’était aussi rentable que cela de les supprimer, tous les autres hypers le feraient, c’est une évidence…
Steak > Il ne faut pas confondre la philosophie de M.E.Leclerc avec les méthodes de management de certains patrons de magasins Leclerc qui peuvent effectivement être contestables, même si je n’ai pas d’exemple à proposer… Il y a 600 centres Leclerc, il est concevable que tous les patrons de ces centres ne partagent pas les mêmes visées humanistes que le fondateur et son fils.
Canna>
[[ Pour les fournisseurs, c’est super : ils font pressions dessus car ils savent qu’ils représentent un C.A important chez ce dernier, alors ils lui font baisser ses prix au max. Le fournisseur veut pas ? tant pis ils en trouvent un autre et jette ainsi le précédent aux oubliettes ! ]]
Ca c’est une règle de base de l’économie. Peux-tu m’expliquer en quoi il est pénalement et même moralement condamnable d’obtenir les meilleurs prix ? N’importe quel consommateur agit de la sorte, pourquoi les entreprises ne feraient-elles pas de même ?
Le grossiste aussi est un grand garçon, à lui de ne pas mettre toutes ses billes dans le même panier et de veiller au respect de ses marges… S’il n’est pas bon, il coule. Par provocation, j’ai même envie de dire « et alors ? ». Une entreprise, ça se monte, ça vit et sa meurt. C’est la loi du genre.
Note que je trouve pas choquant du tout que Leclerc exige des prix ras des paquerettes de ses grossistes. Ce qui est beaucoup plus scandaleux, c’est quand ces mêmes grossistes imposent des conditions léonines aux petits paysans avec qui ils travaillent… Parce qu’autant le grossiste a les moyens de se défendre, autant le petit producteur ne les a pas…
Krysztoff
le 1 mars 2004Alors, Leclerc, ange ou démon? Comme nous tous certainement un peu des deux.
Je n’ai pas encore lu son bouquin, mais je l’ai vu et entendu la semaine dernière dans l’émission Cultures et Dépendances sur France 3, émission qui avait pour thème: « Pourquoi les français n’aiment pas leurs patrons? » (Ligthman, peut-être as-tu une idée là-dessus).
Je pense effectivement comme Lightman qu’il a une sincérité dans son histoire et son engagement d’entrepreneur, et, comme la citation tirée du bouquin l’exprime justement, que cet engagement est fortement lié à une une foi religieuse, en l’occurence catholique, et qu’en ce sens, Leclerc s’inscrit dans la longue lignée des patrons « chrétiens » paternalistes à la Michelin à l’opposé des patrons sans foi ni loi des multinationales de l’économie financière mondialisée (au hasard J6M par exemple). De là à en faire un humaniste, il y a un pas que je ne franchirai pas, loin de là, justement parce que cette volonté de s’inscrire dans le champ social et pas seulement économique tient plus de la culpabilité et de la rédemption du riche croyant que de la fraternité humaniste. Mais après tout, à chacun son chemin si le résultat est le même. Et effectivement, il faut rappeler que Leclerc ne possède pas ses magasins donc ne contrôle pas les méthodes de management des patrons des magasins Leclerc, même si on pourrait concevoir que des règles de « bon traitement des employés » pourraient être imposées pour adhérer à la coopérative des centres Leclerc.
Par ailleurs, nous sommes tous un peu schyzophrènes, entre notre « être-consommateur », qui recherche en permanence le prix le plus bas quand il fait ces courses, et notre « être-citoyen », effaré des conséquences sociales et économiques de cette société de consommation.
Ceci dit, je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi, Lightman, quant à ton jugement sur la « normalité » des comportements des grandes surfaces face à leurs fournisseurs. Cette règle de base de l’économie, comme tu dis, est valable lorsque le rapport de force entre le producteur et le distributeur est équilibré, cad quand la concurrence peut jouer dans les deux sens. Or, aujourd’hui, dans le cas de la grande distribution, vu le niveau de concentration des distributeurs (en gros, trois grandes centrales d’achat) et la multitude de petits producteurs, le rapport de force est fortement déséquilibré en faveur des distributeurs et le grossiste n’a justement pas les moyens de mettre ses oeufs dans plusieurs paniers, bien souvent il n’y en a qu’un! Et ta dernière phrase est un peu paradoxale. C’est bien justement parce que les distributeurs imposent des prix extrêment bas aux grossistes que ces derniers, pour veiller au respect de leurs marges comme tu dis, imposent des conditions inhumaines aux petits producteurs, voire délocalisent dans des pays où l’on fait travailler des enfants pour broder des logos sur des tee-shirts…
La règle de base de l’économie est que sans règles, l’économie est une jungle où règne le darwinisme le plus anti-social. Et derrière une entreprise qui meurt, il y a des salariés…
Lightman
le 3 mars 2004Vu Leclerc ce soir à la télé aux JT (me souviens plus de quelle chaîne, probablement la 1)… C’était au sujet d’un problème de marge arrière imposé aux agriculteurs par la grande distri visiblement… Problème que le pseudo-journaliste s’est bien gardé d’expliquer (hé coco, fais ton boulot ! Ton sujet c’était une grosse daube qui n’expliquait rien et n’était qu’un copier/coller des propos des uns et des autres : aucun intérêt)…
Le ministre Dutreil s’est montré incisif vis à vis de la grande distribution, citant d’ailleurs Leclerc. Ce dernier en réaction ne s’est guère montré convaincant, préférant éludier le sujet et contre-attaquer sur le problème des prix bloqué des produits de certaines marques (dont il parle d’ailleurs dans son bouquin) plutôt que de répondre sur le fond. Un peu déçu, là…
Canna
le 12 mars 2004J’approuve le post de Krystoff, c’est tout à fait ce ke je voulais dire pour les fournisseurs. Je suis moins douée ke lui pour expliker :).
J’ai vu le boukin cette aprem, au Leclerc justement. Malheureusement pu de sous pour le prendre :/
féfé le canari
le 8 mai 2004slt tt le monde.
Comme c la quinzaine du commerce équitable en ce moment j’auai bien voulu avoir des informations concernant Leclers et sa position sur le commerce équitable une fois cette quinzaine terminée car c bien beau de faire de la pub si rien est fait par la suite.
Xavman
le 14 avril 2005Bonjour,
J’ai lu dans tout vos propos une certaine défense de l’éthique Leclerc et j’y vois beaucoup de choses justes sauf pour l’humanisme de ME Leclerc qui fait comme certains l’ont rappellé de la grande distribution impitoyable et ne manque bien évidemment pas de disposer en permanence dans les magasins à son nom (je travaille dans un Leclerc) une dizaine d’exemplaires de son bouquin…no comment…ce doit-être dans la charte Leclerc secrète…rappellons égalemnt que si effectivement il y a plus d’humanisme que chez Carrefour and co il y a toujours cette disproportion des surfaces, des centrales d’achat qui traitent sauvagement avec les petits (les fournisseurs, nous les client…rappellons aussi que quand vous faites vos courses chez Leclerc, vous payez de suite en vous servant de ce que vous avez gagné en fin de mois…la marchandise sera quant à elle payé par les Leclercs et leurs centrales souvent 90 jours plus tard…vive les roulements de trésoreries et les intérêts qui en découlent…quand un petit commerçant fait ça c’est pour pouvoir payer son personnel et son stock…effectivement on est bien dans un système capitalisme brutal à l’image de nos banques qui se goinfrent sur notre dos…