Cette fois était la dernière

Le 8 novembre 2019

Je reçois encore de temps en temps des invitations à venir parler de la success story jeuxvideo.com. Depuis quelques années, je décline poliment. Même si je prends encore du plaisir à rencontrer des entrepreneurs et échanger avec eux, j’ai de plus en plus l’impression d’être devenu une vieille gloire qu’on refait chanter son plus vieux tube, mille fois entendu, ressassé, réorchestré, remixé, playbacké, karaoké, jusqu’à la nausée. Je suis un peu le Patrick Hernandez des débuts du web, la canne en moins.
J’ai fait hier une dernière apparition pour CocoShaker, cet incubateur clermontois que j’affectionne, mené par des gens adorables, et dont la vocation est d’accompagner des projets d’entreprises à impact social. J’y ai rencontré des créateurs motivés, intéressés dont certains avaient suivi l’aventure jeuxvideo.com dès 1995 et les débuts de l’ETAJV. Impressionné. Au-delà du récit rapide des débuts de jeuxvideo.com, j’ai transmis quelques messages sur les dangers des GAFA, et en particulier sur Facebook qui est probablement la pire chose qui soit arrivée au net. Le service de surveillance généralisée commis par Zuckerberg a été aussi la cause d’un appauvrissement considérable du web, en provoquant la fermeture de milliers de blogs, de sites personnels, de forums, de wikis qui représentaient l’effervescence créatrice et polymorphe du net. Aujourd’hui, tout le monde a une page Facebook, standardisée, sans rien qui dépasse, uniformisée, trackée bien sûr. Facebook est un parasite d’internet, il s’y est accroché comme une tique sur l’oreille d’un chien, puis aurait grossi démesurément au détriment de l’organisme hôte au point d’être devenu une vraie menace pour son intégrité… Comment a-t-on pu en arriver là quand on a connu la bourrasque rafraîchissante de la fin des années 90 ? Edward Snowden, fait lui aussi allusion à cet appauvrissement au début de Mémoires Vives, sa récente biographie – lecture en cours, que je vous conseille.

Je viens de terminer La Panthère des neiges de Sylvain Tesson. Cet auteur est fantastique. C’est un écrivain-aventurier, qui raconte ce qu’il vit, ce qu’il éprouve. Un Jack London de notre siècle. Mais en plus il a un style remarquable, qui ne verse pas dans le piège de la description stérile et interminable qui ne m’émeut généralement pas. Ca me rappelle au passage le soporifique Chant du Monde de Giono, lecture de lycée que j’avais détestée. Tesson, c’est un style concis, lumineux, ciselé, plein de morceaux de poésies. Dans ce dernier récit, il est parti au Tibet en compagnie d’un grand photographe, pour rencontrer par moins trente degrés l’un des derniers spécimens de panthères des neiges. Le lauréat du Renaudot 2019 m’a envoûté. Il a écrit auparavant beaucoup d’ouvrages que j’ai ratés, j’ai donc du retard à rattraper…

Avec la panthère, Tesson tenait un projet exaltant, ambitieux, passionnant. A moi de trouver également un projet qui m’éclate. Après jeuxvideo.com, après quelques tentatives plus ou moins fructueuses dont Catapulte n’était que la dernière en date, l’année 2020 sera l’année de la translation, mais aussi le temps de m’engager sur les traces de ma panthère à moi. En attendant, dire oui à tout, essayer, expérimenter, oser, tenter, et surtout ressentir ce qui me motive profondément. Et l’expérience aidant, je sais de mieux en mieux ce qu’il me faut et encore plus ce que je ne ferai plus. Possible que je m’engage sur une voie complètement nouvelle, voire opposée à tout ce que j’ai pu accomplir auparavant. On n’a qu’une vie, pourquoi la vivre de façon monolithique.

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