Que lire pendant le confinement ?

Le 20 mars 2020

Il y a deux écoles. Il y a d’abord ceux qui recherchent des lectures en lien avec les événements actuels. En regardant bien, il y a beaucoup d’auteurs qui ont écrit sur des épidémies. Peste, variole, choléra, nouveau virus inconnu, ou autres fléaux, ont inspiré beaucoup d’écrivains à presque toutes les époques.

La Peste d’Albert Camus. C’est ce qui me serait naturellement venu à l’esprit en premier, car c’était une lecture qu’un professeur de lycée avait eu la bonne idée de mettre à notre programme. Paru en 1947, ce roman se déroule dans la ville d’Oran, au sein d’une Algérie encore française, en proie à une terrible épidémie de peste qui décime la population. A travers la maladie, c’est le nazisme qui est évoqué dans cette oeuvre majeure du prix Nobel 1957.

Le Hussard sur le toit, de Jean Giono, que je n’ai pas lu. C’est un roman d’aventures, contemporain de La Peste de Camus (1951) qui se passe dans la Provence du XIXème siècle dévastée par une épidémie de choléra. Une adaptation cinéma a été réalisée en 1995 par Jean-Paul Rappeneau. Je n’ai toutefois pas trouvé de service de VOD le proposant.

Un autre prix Nobel, J.M.G. le Clézio a écrit La Quarantaine, l’histoire de deux frères qui retournent sur leur île Maurice natale. Au cours du voyage, des passagers contractent la variole. Arrivé à destination, le bateau est indésirable, les passagers restent en quarantaine pendant des mois sur une île déserte.

Dans la catégorie « page turner thriller », citons Le Fléau de Stephen King qui raconte la contamination de l’humanité par un nouveau virus redoutable, échappé d’un laboratoire de l’armée américaine. Toute la population est touchée, très peu de survivants…

Pour finir, n’oublions pas la célèbre fable de La Fontaine, Les Animaux malades de la Peste, qui a plusieurs niveaux de lecture :
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés […]

Moi je suis plutôt de la seconde école, celle qui prône des lectures lumineuses pour alléger le fardeau du confinement, des romans dépaysants pour contrer l’obsession et la peur. Lire La Peste, oui très bien, mais sur une plage baignée de soleil pendant des vacances reposantes. Là, on peut s’attaquer à ce genre de monuments littéraires lugubres. Mais surtout pas pendant une quarantaine, n’ajoutons pas la déprime à l’enfermement. Si vous voulez psychoter, il suffit d’allumer les infos, ou de regarder toutes les heures le décompte de l’Université John Hopkins.

Voici donc quelques lectures pour s’évader du quotidien parmi ce que j’ai lu ces derniers mois. Aucun bouquin de développement personnel, désolé pour les adeptes, j’y suis de plus en plus allergique (je pense à ma dernière tentative « Ta deuxième vie commence… » : énorme succès commercial, mais quand même une belle niaiserie).

Par Les Routes (Sylvain Prudhomme, roman)
C’est l’histoire d’un auto-stoppeur compulsif. Il part pendant des jours, puis des semaines, sur les routes, sans forcément de destination précise. Il aime le stop pour le plaisir de la rencontre, pour la découverte de la France par ses artères routières, il aime l’imprévu. Il y a aussi en toile de fond une belle histoire d’amour. Un véritable hymne à la liberté, à la différence. Superbe. On en ressort en s’interrogeant sur sa propre vie. Probablement le plus adapté au confinement pour moi.

Le Goût du Chlore (Bastien Vivès, BD)
Tout cet album se passe dans une piscine, où deux inconnus vont faire connaissance, et s’attacher… Très peu de texte, des couleurs absolument superbes. La fin est telle que j’ai relu immédiatement l’album. La BD qui m’a le plus impressionné récemment.

Journal d’un Homme Heureux (Philippe Delerm)
Philippe Delerm, l’écrivain des plaisirs minuscules, a publié un journal qu’il a tenu pendant une année durant les années 80 alors qu’il tentait de percer en littérature, tout en continuant son métier de prof de lettres dans un collège de province. Peut-être le bouquin de Delerm que j’ai préféré. On partage sa vie, ses doutes, ses passions, ses jubilations.

La Panthère des Neiges (Sylvain Tesson)
On ne présente plus ce roman très dépaysant, prix Renaudot 2019. Le style de Sylvain Tesson éblouissant, la quête de cet animal rarissime, les paysages gelés des montagnes russes. Lisez-le.

Dans les Forêts de Sibérie (Sylvain Tesson)
Quelques années avant sa panthère, Tesson avait publié ce récit d’un ermitage volontaire de six mois dans une cabane sur les bords du lac Baïkal. Seul avec l’immensité glacée, l’hostilité de la nature, mais aussi avec des livres et quelques dizaines de litres de vodka. A part de rares rencontres avec des autochtones plutôt gratinés, c’est une sorte de quarantaine volontaire, bucolique, éthylique, romantique. Style magnifique, parfois très drôle.

L’île au Trésor (Robert Louis Stevenson)
Pour ceux qui, comme moi, ont du retard et ne l’avaient pas lu au collège. Une valeur sûre, à lire et faire lire.

Les Simples (Yannick Grannec)
Une sorte de Nom de la Rose, mais cette fois-ci dans un couvent de bénédictines, dans la Provence du XVIème siècle. Un roman captivant, érudit mais plus accessible que celui d’Umberto Ecco. J’ai adoré, je l’ai même offert.

Thérapie de groupe (Manu Larcenet, BD)
Voici la BD qui m’a fait le plus rire ces derniers mois. J’adore l’humour de Larcenet, son auto-dérision, cette façon désabusée et comique de voir le monde, et de se voir lui.

Voilà déjà une bonne liste. Reste à savoir si l’on pourra encore longtemps continuer à se procurer des livres. Comme vous le savez, toutes les librairies sont maintenant fermées, et Amazon a annoncé que la livraison de livres n’était plus sa priorité. Les éditeurs ont en effet dévoilé que l’e-commerçant américain ne reconstituait plus ses stocks, et l’on sait qu’il se concentre désormais sur les produits de première nécessité, ce qu’on peut comprendre. De fait, ma dernière commande (Les Malheurs de Sophie, pour Jade) me sera livrée sous 8 jours, alors que d’habitude je la reçois en 24 heures… Toutefois, restons optimistes, je doute qu’on soit en pénurie de livres, je vous ferai peut-être un article là-dessus si vous avez peur de manquer de lectures.

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