Modernité et vulgarité

Le 3 août 2020

« C’est quoi ce bordel ? »
C’est sorti tout seul ce matin, au saut du lit. A cause du temps. C’est le premier jour depuis un mois où le ciel est couvert et le thermomètre affiche guère plus de 20 degrés au petit matin. Dans le Cantal, je priais pour que la pluie s’arrête, ici on espère de rafraîchissantes averses. Depuis notre arrivée, pas une goutte. Ce ne sera pas encore pour cette fois.

Mais mon expression matinale grossière venait plus probablement d’une mise en application inconsciente de ma lecture du moment : Vulgarité et Modernité, un essai de Bernard Buffon, lequel n’est aucunement un cousin de Gianluigi, le mythique portier italien (dédicace pour JP)… Bernard, lui, a été enseignant à Science Po et a publié chez Gallimard un ouvrage à la fois érudit et stimulant, quoique parfois difficile à suivre, sur la vulgarité. Il est d’abord question de l’origine du mot, créé par Madame de Staël pour décrire certains comportements induits par la révolution de 1789 et la terreur qui a suivi.
Plus généralement, le livre recense un certain nombre d’états vulgaires : le défaut de la maîtrise de soi (brutalité, grossièreté, immoralité, manque d’élégance…), la déficience de sensibilité du jugement (absence de finesse d’esprit), ou l’insignifiance de la personne et de ses réalisations (manque de personnalité, banalité…)
Puis, il détaille les idées et motivations vulgaires en critiquant la morale bourgeoise, l’individualisme et le matérialisme qui caractérisent nos sociétés modernes. Enfin, il nous explique en quoi la vulgarité serait désormais omniprésente, et quelles causes ont permis son essor. Cet ouvrage très théorique aurait toutefois mérité l’éclairage de plus d’illustrations contemporaines, car les rares exemples de l’ouvrage sont très parlants. Extrait p.55 :
« Un siècle et demi plus tard, la vanité serait devenue vulgaire au carré : à la valorisation fallacieuse qu’elle vise s’ajouterait la grossièreté du modèle qu’elle copie […]
Voyez, à ce propos, la mode de montrer le haut de son caleçon, qui imite l’apparence des détenus dans les prisons, auxquels on interdit le port de la ceinture. Un autre modèle, moins désagréable, s’offre la vanité contemporaine : celui construit par l’industrie du luxe ; purement matériel, il est facile à imiter, pour peu qu’on y mette le prix : il suffit de s’afficher avec les tenues et les objets qu’elle magnifie à coups d’innombrables publicités. »

Il aurait pu être question des véritables puits de vulgarité que sont les émissions de télé-réalité, des comportements de nombreuses personnalités dont certains responsables politiques de premier plan, mais encore de certains amuseurs à succès qui confondent humour et grossièreté, sans oublier le vulgum pecus qui plébiscite les précités… La liste serait longue et sujette à débat.

(c) Crédit photo : Martin Paar

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