Le mythe du paysan cantalien devenu président
Georges Pompidou, deuxième président de la Vème République, est mort quand j'avais 6 mois. Il était né à Montboudif dans le Cantal. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu dire que Pompidou était l'enfant du pays, qu'il "était du Cantal". J'ai grandi dans ce mythe. Pendant mes années lycée à Saint-Flour, nous étudiions Les Fleurs du Mal dans L'Anthologie de la Poésie Française de G. Pompidou. Et en sortant de classe, nous passions devant le monument Georges Pompidou inauguré par Giscard et Chirac en 1975. Cette omniprésence de l'ancien président dans sa circonscription démontre l'attachement fort de la population cantalienne à Georges Pompidou. N'y avait-t-il pas été réélu député en 1968 avec plus de 80% des voix ?
C'est donc dans un esprit de curiosité que je découvrai cet ouvrage publié pour le centenaire de la naissance de Pompidou. Un ouvrage remarquable, bien écrit et très documenté, bénéficiant de très nombreuses illustrations de grande qualité.
Pourtant la lecture de ce livre soulève pas mal de questions sur le réalité de la "cantalitude" de Georges Pompidou. Il est bien né à Montboudif, sur les plateaux de l'Artense (au nord du département vers Condat), et ses ascendants sont presque tous cantaliens. Mais, il n'a jamais vraiment vécu dans le Cantal. Alors qu'il était encore bébé, ses parents avaient délaissé le rigoureux hiver cantalien pour Albi où il a passé sa jeunesse, avant de poursuivre ses brillantes études sur Paris. Ses souvenirs de Montboudif sont seulement ceux de vacances passées chez ses grands-parents. Et il a fallu attendre qu'il soit premier ministre pour qu'il déclare aimer le Cantal, être fier de ses origines. Il se met alors à revenir ponctuellement dans le Cantal pour préparer les élections législatives de 1967. Le bouquin précise qu'il a fait 7 jours de campagne dans le département (5 jours en 1968). C'est dire qu'il ne devait pas y être souvent. D'ailleurs, il n'avait pas de maison ici, et sa maison de campagne, c'est à Cajarc dans le Lot qu'elle se trouvait. Ses vacances d'été, il les passait aux côtés d'artistes et de stars à St Tropez. Pas à Montboudif, Cantal, Auvergne. Dans ces conditions, on peut raisonnablement douter de la sincérité de G. Pompidou quand il déclare son très fort attachement à ce département.
Quant au bilan politique de l'homme d'état, il n'en est pas du tout fait mention dans le livre. Est-ce que ça veut dire que les rapports entre Pompidou et le Cantal se limitaient à un simple rapport affectif ? Car quelle construction, quel grand projet cantalien peut-on mettre au crédit de Georges Pompidou ? Je n'en vois pas. Il y en a peut-être, mais ils me semblent bien cachés ! Dans ses discours, il parlait volontiers de désenclavement, de désertification rurale. Qu'a-t-il fait dans ces domaines pour notre région ? Il a pourtant été 1er ministre puis Président de la République pendant une dizaine d'années.
Au final, même si ce n'est aucunement son objectif, ce livre m'est apparu extrêmement utile pour dénoncer sinon une imposture, tout au moins un malentendu. Au minimum un petit arrangement avec la réalité de la part du président cantalien, ou plutôt devrais-je dire albigeo-parisien. Le Cantal, c'était apparemment ses racines, mais il n'y venait guère que pour s'y faire élire, et gagner la caution "paysanne" si chère aux politiques. Chirac fera le même coup de l'homme de la terre, avec la Corrèze. Sauf que ce dernier aura largement aidé au développement de son département pendant ses deux mandats.










Captain;-)
le 26 septembre 2011Pour l’anecdote,
Chirac distribuait les billets de 500 frs aux agriculteurs présents aux différents comices agricoles de corrèze.
;-))