Le destin tragique d'Aaron Swartz

Le 3 juillet 2019

J’avais lu Flore Vasseur dans Une Fille dans la Ville, son premier livre, que j’avais chroniqué sur ce blog il y a 13 ans déjà. C’était un autre temps. Le net a beaucoup changé depuis, s’est industrialisé, uniformisé, d’une certaine façon aseptisé aussi, tandis que les réseaux sociaux prenaient le chemin de la médiocrité en promettant à chacun son quart d’heure de célébrité. Le web est moins humain, cordial, contributif, moins frais et foisonnant, plus commercial qu’il ne le fût au début des années 2000. Entre-temps, l’auteure a elle aussi fait son chemin, et j’ai replongé avec délectation dans son tout dernier livre, Ce qu’il Reste de nos Rêves, qui retrace le destin tragique d’Aaron Swartz, informaticien surdoué, hacktiviste de la liberté d’expression et du partage de la connaissance, décédé dans des circonstances particulières à seulement 26 ans.
Cet ouvrage est une enquête romancée dans laquelle l’auteure se met en scène. On y découvre la vie de Swartz, vouée à rendre le monde meilleur par le web et le code. Tandis que ses contemporains cherchent à faire fortune en lançant leur startup, il prend plutôt pour modèle Tim Berns-Lee, et choisit d’agir avant tout pour l’intérêt général, en participant à des projets impactant. Il a notamment participé à la création de la norme RSS, au site Reddit, et aux Creative Commons. Par ses actions médiatiques, il a contribué à l’arrêt du projet de loi américain SOPA, reconnu comme liberticide. Finalement, Aaron Swartz est devenu, par sa mort précoce, une sorte de martyr de la défense des libertés sur le net.

L’histoire est belle, elle est bien écrite, ciselée. Elle nous interroge sur ce qu’est devenu le net aujourd’hui. La meilleure et la pire des choses sans doute. Côté face, un vaste réseau commercial qui a créé de grands oligopoles américains, à la fois nuisibles au foisonnement économique, mais aussi à la liberté individuelle, à la vie privée. Nuisible aussi à la fraternité et au vivre ensemble, par le prisme de l’addiction aux plates-formes numériques. Sûr qu’on est loin des ambitions utopiques et libertaires des débuts. Mais il ne tient qu’à nous de changer les choses, c’est le message que je retiens de ce livre et la leçon que nous envoie Aaron Swartz.

J’en profite pour vous conseiller le visionnage du documentaire The Internet’s Own Boy, qui est un très bon complément au livre de Flore Vasseur.

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