A la recherche de l'oxymore

Le 23 décembre 2019

« C’est un oxymore* ! » s’exclama la jeune femme longiligne debout à côté de moi. Cette remarque faite à mi-voix me fit sourire.
Nous étions tous debout depuis une bonne heure, à écouter plutôt attentivement, entre deux flûtes d’un élégant champagne, une présentation Powerpoint sur l’investissement immobilier en Amérique du nord. J’avais répondu favorablement à cette invitation moins pour son thème que pour sa nouveauté pour moi. A partir de la quarantaine, les gens recherchent soit le conformisme et une routine confortable, tandis que d’autres chérissent au contraire un certain dépaysement et la nouveauté rafraîchissante. Je suis de la seconde catégorie. Mais, j’avoue que la perspective d’un dîner à une table clermontoise étoilée en bonne compagnie a pu jouer aussi.

L’orateur du jour était en train de terminer son exposé par des considérations fiscales propres à l’administration québécoise. Celle-ci avait instauré, dans le but de ponctionner les nouveaux acquéreurs étrangers d’un bien immobilier situé au Québec, ce qu’elle appelait, de façon assez comique, une « taxe de bienvenue ». C’est là que ma voisine fit sa remarque opportune et réjouissante. Une taxe de bienvenue est effectivement un oxymore, en tous cas vu depuis la France, tant l’impôt est ici vu comme une punition. C’est aussi une de ces expressions pittoresques dont les québécois ont le secret, même les belges sont largués en la matière, et nous français sommes souvent dépourvus de cette créativité.

Je crois que la première fois que j’ai entendu parler d’oxymore, c’était dans la bouche de Mme Desmonteix, notre professeure de lettres de Seconde. On disait plutôt « prof de français », mais Philippe Delerm dans Journal d’un homme heureux préférait lui-même se qualifier de professeur de lettres, se voyant plus en passeur de littérature qu’en correcteur orthographique et grammatical. Mme Desmonteix était elle aussi une amoureuse de littérature, donc une professeure de lettres. Je lui en avais cependant un peu voulu de nous obliger à lire un roman chaque mois, l’oeuvre devant obligatoirement être choisie dans une longue liste de vieux classiques qui s’achevait vers 1950 avec Camus et Mauriac, que nous avions scrupuleusement recopiée dans nos agendas pendant la première heure de cours de l’année. Comme un jeune écervelé, j’avais choisi mes romans mensuels un peu au hasard, ce qui m’avait souvent amené à des déconvenues. A l’exception du Grand Meaulnes, de Malataverne, et de L’Etranger, mais j’appréciai ce dernier surtout pour sa brièveté, parce que l’histoire d’un type qui chope une insolation, franchement autant faire court !

La découverte de l’oxymore en seconde, avait suivi celle du pléonasme en troisième. Jean Favier, notre professeur principal s’était beaucoup amusé de nos mines incrédules suite à cette incroyable révélation que lorsque « nous montions en haut », nous commettions un pléonasme. C’était dans sa bouche une faute de français et pas une figure de style littéraire signe d’une certaine finesse d’esprit. Il n’avait pas tort.

Depuis ma soirée sur l’oxymore, mon cerveau s’amuse à les détecter. Ainsi, l’autre jour, dans mon article sur le boulanger du lundi : oxymore. Hier, en nous rendant au cinéma pour voir le dernier Star Wars avec des amis, nous sommes passés devant le « Burger Gourmet », nouvelle échoppe de centre-ville. Oxymore aussi ! Parce qu’un burger peut bien être gourmand, mais gourmet, soyons sérieux, c’est non.
Je n’ai toutefois pas détecté d’oxymores dans Star Wars : L’ascension de Skywalker, le titre le plus christique de la fameuse triple trilogie. Mais comme j’ai quasi-dormi la première demi-heure, j’ai pu en rater un, n’hésitez pas à me le signaler. Heureusement la fin était plus exaltante, vous pouvez y aller sans crainte.

*oxymore : figure de style qui consiste à allier deux mots de sens contradictoires. Exemple : « une douce violence ».